Hommage à Frédérick Leboyer

Frédérick Leboyer, célèbre pour son ouvrage “Pour une naissance sans violence” publié en 1974, est décédé le 25 mai dernier.
L’ANSFL lui a rendu hommage dans sa dernière Lettre, à travers la plume de Maï Le Dû.

Hommage

C’est par un message de sa complice de longue date, Danielle Rapoport, que j’ai appris que Frederick Leboyer avait tiré sa révérence le jeudi 25 mai. Triste nouvelle. Il avait 98 ans. Dans un sens, c’est juste la vie qui avance. Lui qui a tant insisté sur l’importance de cette vision-là, respectueuse des rythmes et des temps, on peut se dire que, comme la naissance, la mort mérite d’être respectée dans son exceptionnelle banalité.
Je voudrais parler de cet homme. De son message, plutôt. L’homme, je ne le connaissais pas. Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois. Et comme il le disait lui-même, c’est le message, l’esprit profond de son œuvre qui importe.

Alors j’ai cherché comment le dire.

J’ai soupiré
J’ai marché
J’ai regardé par la fenêtre, et j’ai vu un merle qui attaquait les cerises. MES cerises…
Alors je lui ai crié de s’en aller et j’ai gesticulé
Il s’est envolé
Non mais
J’ai relu Pour une naissance sans violence
J’ai repris Shantala dans mes mains, j’ai parcouru ses pages
J’ai regardé encore et encore Naissance
Ce ventre tendu
Cette peau satinée
Cette naissance
Ce silence
Ces soupirs
Et les mains nues de Leboyer…

Je me suis souvenue de mon petit bonhomme qui, à quatre ans, voulait voir naître « un bébé d’Homme ». Il voulait voir. On ne lui montrait que des livres avec des chatons, des veaux, des chevaux. Il s’en fichait. Il voulait voir un bébé d’Homme… Ne sachant trop que faire de cette demande, j’avais mis le film Naissance à tourner dans la pièce où il butinait ses jouets. Il avait arrêté de jouer. Il avait regardé en silence. Une fois l’enfant né, il avait recommencé à jouer. Imperturbable. Et il avait juste murmuré « moi je voudrais être ce bébé-là ». Il n’en a jamais reparlé.
Trois jours plus tard, il m’a demandé « je voudrais voir quelqu’un de mort »
Là, j’avoue, j’ai galéré.
Mais c’est une autre histoire.
Quoique…

Alors moi je pense que c’est ça, le message
La vie
Comme une évidence
Le respect du mystère
Sans la peur
La douceur des caresses
Le silence
La chaleur du contact
Les soupirs
Ne rien dire
Ou presque
Regarder
Sentir
Humer
Et toucher, effleurer, respirer, caresser
Ecouter

Alors j’ai regardé par ma fenêtre
Le merle était revenu picorer
Et je me suis souvenu de Shantala
Du Gourou hindou Svâmi Prajnânpad qui avait transformé Leboyer
J’ai repensé aux mains de Leboyer
Au visage du bébé
Et aux soupirs…

J’ai regardé le cerisier
J’ai regardé le merle se régaler
Sans crier
Sans gesticuler

Et c’est tout
Merci monsieur Leboyer

— Maï Le Dû, 2 juin 2017