Libération consacre un dossier à la lutte contre les violences gynécologiques

Après la dénonciation par la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa du nombre d’épisiotomies pratiquées en France, la polémique enfle. Accouchements violents, examens traumatisants, mépris, manque de dialogue… La parole des femmes se libère et les praticiens font face à une volée de critiques.

Tiphaine Papadopoulos, juriste de 37 ans, a de son propre chef contacté Libération pour raconter la naissance de son fils Anatole, aujourd’hui âgé de 15 mois. Le jour J, on lui administre une péridurale très chargée. Elle ne sent plus ses jambes : «A 20 h 10, une nouvelle sage-femme arrive. Elle vient me voir pour me prévenir qu’on va démarrer. On me dit que je ne pousse pas correctement. Elle monte alors sur un marchepied et se met à appuyer sur mon ventre. Fort. Très fort. A aucun moment, ni elle, ni le médecin, ni qui que ce soit ne me pose la question : “Consentez-vous à ce que je pratique une expression abdominale [manœuvre qui consiste à appuyer sur le ventre de la mère au moment de l’expulsion, ndlr] ?” Cette torture dure près de quarante-cinq minutes. Puis, la sage-femme me dit : “Si vous ne poussez pas, on va vous mettre les forceps. Donc vous avez intérêt à pousser.” Là encore, personne ne m’a demandé mon autorisation.» A sa sortie, son fils pèse 4,240 kg, un poids non détecté à l’échographie, alors que Tiphaine mesure 1 m 60 et pèse 51 kg. «Ensuite, le médecin reste avec moi. Et me recoud. Au moins trente minutes, avec trois fils différents. C’est en relisant le compte rendu de l’accouchement que j’ai compris : douze points d’épisiotomie [incision partielle du périnée]. De la belle ouvrage. Sans aucun consentement de ma part. Le coup de grâce m’est donné le lendemain matin,poursuit la juriste.Le médecin affirme que la douleur est normale car j’ai eu une “belle” épisiotomie – comprendre plus de dix points de suture… Il m’assène avant de partir : “Madame, pour la douleur, il va falloir prendre sur soi !”» Tiphaine ne s’est toujours pas vraiment remise : «Je suis encore

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Pour l’historienne Nathalie Sage Pranchère, la médecine occidentale a du mal à se défaire des préjugés infantilisants sur le rapport de la femme à son intimité.

L’historienne Nathalie Sage Pranchère, auteure de l’Ecole des sages-femmes, naissance d’un corps professionnel, décrypte la relation médecin-patiente à travers les époques et les failles d’un système de santé empreint de paternalisme.

De plus en plus de femmes dénoncent les «violences gynécologiques». Comment expliquer le fait que les langues se délient ?

Effectivement, depuis cinq ans, il y a une libération de la parole sur ces questions, qui s’inscrit dans une «publicisation» de l’intime. C’est le produit d’une génération qui ose parler du corps et qui veut en finir avec les tabous paternalisants. De ce point de vue, le médium Internet a reconfiguré les espaces de parole. Les expériences gynécologiques restaient jusqu’alors dans le cadre privé, on en parlait à sa famille ou à ses amis. Aujourd’hui, les médias ont un effet porte-voix et les femmes n’ont plus peur de témoigner de

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