Témoignages

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« Si ça s’trouve, je vais perdre mes « os » ce soir ! »

Par Sandrine, maman de Liu

11 septembre 2006. On se rapproche de plus en plus du jour J (le 22 septembre). La journée débute comme d’habitude, à part que je me lève un peu plus tôt que les autres jours. J’attaque la matinée comme les précédentes pendant que Marc bricole (p’tit déj, ménage, repas du midi). Les heures passent et rien ne présage une naissance imminente. Après manger, je décide de ne pas faire de sieste contrairement aux autres après-midi pour aller bricoler avec Marc.

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On termine vers 16h, on goûte et je décide de prendre un bain pour me détendre un peu. Il faut dire que le 22 approche et que ça commence à tirer un peu, c’est que le p’tit bout prend de plus en plus de place. Donc je prends un bain sans m’imaginer quoi que ce soit. Mais en y repensant plus tard, c’était la première fois qu’il gigotait autant après le bain. Il bougeait énormément et s’amusait à passer de gauche à droite pendant plusieurs heures pour finalement se calmer au cours du dîner.

Avec Marc, on finit de manger et au moment du dessert, il perd sa dent sur pivot. Ce qui est drôle, c’est que ça arrive en mangeant du fromage blanc, il faut le faire. On rigole bien et je lui dis pour plaisanter : « si ça s’trouve, je vais perdre mes « os » ce soir, c’est un signe ! » On continue à rire un petit moment et nous nous mettons au lit. On lit ensemble une BD puis on éteint la lumière. Il doit être entre 21h30 et 22h.

Marc s’endort et moi, comme tous les soirs, il me faut bien 1h30-2h pour m’endormir. Je commence à m’assoupir quand soudain j’ai une contraction différente de celles que j’avais eues ces derniers mois. Une sensation de tiraillement, mais vraiment légère, l’accompagne. Je regarde l’heure, il est 23h26. Je ne réveille pas Marc, la contraction n’était pas douloureuse du tout. 23h32, une autre contraction avec la même sensation. Je commence à me demander si ça n’est pas « ça ». Puis une autre et une autre, et toutes les six minutes, vraiment régulières. Je finis par réveiller Marc, il est à peu près 0h30 quand je pense avoir perdu les eaux, mais sans certitude. Je me recouche donc, mais impossible de dormir. Ça n’est pas la douleur qui m’en empêche, au contraire, mais plutôt l’excitation. Je finis par me relever et cette fois-ci, je suis certaine d’avoir perdu les eaux. Je réveille donc une nouvelle fois Marc. Il me conseille de prendre un bain pour être vraiment sûre. Je me prépare mon bain et lui dis qu’il peut rester dormir.

Une fois dans l’eau, les contractions continuent et se rapprochent tout en restant supportables. Je rappelle à nouveau Marc et lui dis d’appeler Isabelle pour qu’elle vienne. Il est 2h00. Elle décroche à la première sonnerie, ce qui surprend Marc qui ne sait plus trop quoi dire. Il réussit quand même à lui expliquer que le travail a commencé. Elle ne tarde pas à arriver. Vers 3h00 elle est déjà avec nous. Sur le chemin, elle s’est fait biper par un autre couple qu’elle rappelle aussitôt arrivée à la maison. C’est une petite fille qui n’a pas attendu Isabelle. Elle décide, après m’avoir examiné, de faire un saut pour rassurer les parents et voir si le bébé se porte bien. Je ne suis qu’à 3-4 cm, elle a donc le temps de faire l’aller-retour. Elle en aura pour environ deux heures.

Pendant son absence, les contractions s’amplifient et j’ai de plus en plus de mal à les gérer. Je demande à Marc de venir m’aider. Il faut dire qu’il n’arrête pas : il a dû monter les tuyaux du poêle qu’on n’avait pas fini d’installer, aller chercher du bois, allumer le feu, faire la vaisselle, me faire couler d’autres bains... Mais là, j’ai vraiment besoin de lui. Heureusement qu’il était là, sinon je crois que j’aurais craqué !

Il est 5h00 et c’est de plus en plus dur. Isabelle ne devrait pas tarder. C’est tellement difficile à supporter la douleur que je n’accompagne pas correctement les contractions, et du coup, c’est encore plus dur à supporter. Je n’arrive plus à trouver une position dans laquelle je me sente à l’aise. Heureusement, j’arrive à m’assoupir entre deux contractions. Et Marc est toujours là pour me soutenir et me faire des massages. Le téléphone sonne, c’est Isabelle qui appelle pour nous prévenir qu’elle arrive.

Il est 5h50. Isabelle arrive. Je suis assise sur les toilettes ! Elle installe le siège d’accouchement au milieu du salon, puis elle vient nous voir. Une contraction arrive, je suis debout, les bras sur les épaules de Marc et d’Isabelle. Cette fois-ci, une sensation nouvelle accompagne la contraction, mais j’ai du mal à la définir. Heureusement qu’Isabelle est là, elle m’aide à respirer et je reprends un peu le dessus. Une autre contraction : je crois que je vais casser le cou de Marc. A nouveau cette sensation : ça pousse. Isabelle me propose d’aller sur le siège d’accouchement. Je m’assois et Marc s’assoit derrière moi. Elle me conseille de me laisser aller, de laisser faire les choses si j’ai envie de pousser. Je ne sais pas combien de fois je pousse, mais ça me semble aller très vite. Pendant la poussée, Isabelle et Marc me soutiennent et m’encouragent. Apparemment, je me débrouille très bien. Je pousse des cris que je n’aurais jamais cru pouvoir faire. On doit m’entendre à des kilomètres.

Les contractions s’enchaînent, et à chaque fois, j’ai l’impression que la tête va sortir. Mais finalement, il faut encore attendre. Après chaque contraction, il y a toujours cette sensation que le bébé remonte. Isabelle me rassure en me disant que le bébé avance de « quelques millimètres » et que je me débrouille très bien. Quant à Marc, il est toujours là pour que je lui broie les mains à chaque contraction.

Après un certain temps, ça pousse de plus en plus, et voilà LA contraction qui va faire sortir la tête. Marc et moi sommes tout émus à l’idée que sa tête est juste là, entre mes jambes. Mais étrangement, plus de contractions, donc plus envie de pousser, et son corps est encore à l’intérieur. Sur le coup, ça nous fait rire. Notre p’tit bout est « coincé » à mi-chemin et je n’ai toujours pas envie de pousser ! 2-3 minutes passent, puis Isabelle me fait quelque chose qui me redonne finalement envie de pousser, et ça y’est, notre petit bébé est là. Je vois son petit corps apparaître devant mes yeux et venir se blottir contre ma poitrine. Il est 7h30. C’est un moment inoubliable. Marc et moi sommes à la fois émus et euphoriques, au point de ne pas penser à regarder le sexe de notre p’tit bout tout de suite ! C’est seulement après quelques minutes que je finis par demander : « mais c’est une fille ou un garçon ? » P’tit coup d’œil, c’est un garçon. Un magnifique petit garçon ! Nous voilà à nouveau tout émus ! Notre p’tit bonhomme se prénommera Liu.

Mais le travail n’est pas fini, il reste encore l’expulsion du placenta. Et une fois mon ventre vidé du placenta, je comprends enfin pourquoi on appelle ce moment la délivrance. Je suis enfin soulagée et peux profiter pleinement de ces premiers moments. Liu est là, dans nos bras. C’est le commencement d’une nouvelle vie, à trois...

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« J’éprouvai une sensation de fierté, fier qu’elle soit ma femme, celle qui allait mettre au monde notre enfant. »

Par Marc, papa de Liu

C’était un lundi soir à + ou - 11 jours de la date présumée du terme. Mon amie Sandrine et moi en étions au dessert, lorsque soudain, tout en dégustant du fromage blanc, je sentis quelque chose d’inhabituel sur mon palais... C’était une dent, en l’occurrence l’une des 42 dents qu’il me reste...

Vu la faible probabilité de se casser un dent sur du fromage blanc mou, Sandrine me dit alors « Si ça se trouve, je vais perdre mes os ce soir... » Nous avons ri.
Après une petite BD, je me suis couché ; j’étais contre ma Sandrine, bien en chair et en os, et en ventre... Après une caresse à notre petit bout, encore bien au chaud dans le ventre de sa maman, je m’endormis. Vers minuit, Sandrine me chuchota « je crois que le travail a commencé ! »

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Je lui demandai si elle voulait prendre un bain pour voir si l’intensité des contractions diminuait... puis je me rendormis... d’un œil ! Le bain lui fit du bien, mais les contractions continuaient à s’amplifier... ça y’est ! Il devenait temps de sortir du lit ! Sandrine me demanda d’appeler Isabelle. A peine le numéro composé, Isabelle décrocha ; il était 2 heurs du mat. Attention : Le décroché supra-rapide d’Isabelle peut surprendre : il ne s’agit pas d’un répondeur !

Après description de la situation, Isabelle me dit qu’elle arrivait. En attendant sa venue, je m’activai. Sandrine sortie du bain, encore souriante, nous étions tout excités, à moitié euphoriques... Vite, vite, il fallait chauffer la maison, installer les tuyaux du poêle, clic-clac-cloc, ça avait l’air de tenir. Rentrer du bois, journal, fagot, du bois, du bois... Combien d’aller-retour ai-je fait ? En tout cas il y avait du bois dans la maison et le feu a pris. Pendant ce temps-là, Sandrine commençait à bien sentir la douleur. Je ne savais trop quoi faire pour la soulager. Je lui préparai une bouillotte, puis me mis à laver la vaisselle, ranger, préparer le lit... sans trop m’occuper de ma chérie. Bref, une sorte de frénésie ménagère égocentrique.

Isabelle arriva à la maison vers 3 heures. Sur la route, elle avait été bipée. Ce n’était pas nous, mais un autre couple. Avant d’examiner Sandrine, elle rappela le couple : leur bébé était né. Isabelle rassura le papa et lui dit qu’elle le rappelerait plus tard. Elle examina ensuite Sandrine, pour qui le travail avait effectivement bien commencé, 3-4 cm de dilatation. Isabelle était rassurante et encourageante. Sandrine gérait bien. J’étais soulagé qu’elle réussisse à bien accompagner les contractions. Nous n’étions pas paniqués... Isabelle rappela le tout frais nouveau papa et décida de passer voir le bébé et la maman. Avant de partir de chez nous, elle mit Sandrine en confiance. Sandrine se sentait capable d’attendre le retour d’Isabelle « le temps de s’assurer que tout va bien là bas ». A 3h30, Isabelle partit voir le nouveau né. Pour Sandrine, les contractions prirent vite une autre ampleur. Je sentais qu’elle avait de plus en plus mal. Elle prit un autre bain qui, cette fois-ci, ne réussit pas à apaiser la douleur. Lorsqu’elle en sortit, je ne sais pas ce que je faisais, en tout cas, je n’étais pas auprès d’elle...

Bon, il était temps que je sois plus présent ! Je l’incitai à changer de position et essayai de la soutenir de mon mieux. Les massages lui faisaient du bien, mais les contractions semblaient vraiment douloureuses. Je la massai longuement en attendant le retour d’Isabelle. Lorsqu’Isabelle arriva, il devait être 6 heures, nous étions dans la salle de bain. Sandrine, assise sur les oua-terre, accompagnait du mieux qu’elle pouvait les contractions. Avec Isabelle, nous avons soutenu Sandrine et l’avons accompagnée sur le siège d’accouchement. La position qu’elle prit alors semblait lui convenir, et la poussée commença quasiment aussitôt. Je soutenais Sandrine, assis derrière elle. Isabelle était face à nous, sa douceur et ses paroles étaient rassurantes. Sandrine accompagnait bien ses contractions et essayait de récupérer entre chaque poussée. Elle sut relativiser la souffrance endurée. Elle était merveilleuse. Très rapidement, les poussées furent accompagnées de cris dont l’intensité et les variantes étaient saisissantes. Je n’aurais jamais cru que ma douce Sandrine puisse produire de tels sons ! Je la soutenais de mon mieux, tout en me sentant impuissant ! Elle continuait à très bien gérer !

J’éprouvai une sensation de fierté, fier qu’elle soit ma femme, celle qui allait mettre au monde notre enfant. Pendant ce temps là, ou avant, enfin je ne sais plus quand..., je me souviens qu’Isabelle voyant que je ne pouvais pas trop bouger, s’est occupée du feu. J’avais toute la liberté de m’occuper de Sandrine (avec entre autre la possibilité pour elle de me broyer les mains à chaque poussée). Je remercie Isabelle pour la place qu’elle m’a laissé auprès de Sandrine, pour cette distance qu’elle a su garder en nous accompagnant, sans s’imposer, comme effacée, alors qu’elle était en face de nous, bien présente, toujours douce, rassurante et encourageante. Merci Isabelle pour ces instants magiques que nous avons pu vivre pleinement !

D’une contraction à l’autre, le bébé descendait, petit à petit... Nous écoutions régulièrement battre son cœur. Il était tout proche. Après une dernière contraction, sa petite tête fit son apparition, elle était là, entre deux mondes... A cet instant, tout me semblait calme... il n’y avait pas un bruit... une sorte de magie semblait s’opérer... Sandrine reprit des forces et entreprit sa dernière poussée... ça y est, notre petit bout était là, en face de nous. Cet instant reste magique... Il n’était pas encore sur sa maman que je le trouvais déjà beau ; je me souviens qu’il était tout glissant, tout petit et tout immense à la fois. Posé sur la poitrine de sa maman, il redressait doucement la tête, les yeux grands ouverts, il cherchait notre regard. Il était 7h30. Nous faisions connaissance avec notre enfant. 5-10 minutes plus tard, nous savions que c’était un petit gars... Bienvenue à notre petit Liu.

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Carnets de route : 2 mois d’AAD

Par Isabelle Bar, sage-femme libérale

Fin décembre : reprise du travail après une pause d’une semaine autour de Noël. Bien évidemment, il n’y a pas eu de naissances pendant ma semaine de vacances. Les bébés ont su attendre, même si leurs mamans ont un peu stressé : ce n’était pas le moment d’accoucher si on voulait, comme prévu, rester à la maison.

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Et ils ont même encore attendu quelques jours puisque rien ne se passe jusqu’au 9 janvier. Le téléphone me réveille à 2h30 : « Je crois qu’il faudrait que tu viennes vite. » A, qui avait déjà accouché à domicile avec moi, a donc accueilli son bébé peu de temps après. Il y a juste eu ce petit moment de flottement et de panique quand le travail s’est intensifié brusquement après la rupture de la poche des eaux ; rien à voir avec l’accouchement précédent qui avait été beaucoup plus lent et, tout d’un coup, la peur que ça aille trop vite et que je ne sois pas là… finalement, j’étais là une heure avant AB et tout le monde s’était apaisé. A leur réveil, son frère et sa sœur ont découvert le bébé dans le lit de leurs parents.

Le soir même, un mail de C : « J’ai l’impression qu’il se passe des choses. » Je lui réponds que j’ai travaillé la nuit précédente, que j’aimerais bien dormir mais que, bien évidemment, je viendrais si elle m’appelait. Elle me réponds alors qu’elle va me laisser dormir et attendra le lendemain… et, effectivement, m’a rappelé dès 8h : début de travail, après une nuit calme et reposante ; rien d’urgent pour le moment, elle voulait juste me prévenir que ça semblait être pour ce jour-là. On fait le point deux fois dans la matinée : ça semble bien parti mais en douceur, rien de bien net et régulier encore. Vers 12h30, nouvel appel de C : « tout va très bien, pour le moment ce n’est pas encore très intense... » et 10 minutes plus tard, c’est D qui me dit juste : « Là, je crois que ce serait bien que tu viennes. » Le temps de faire la route et j’arrive effectivement, 30 minutes après, tout juste pour attraper la petite CD et la donner à sa maman, installée sur le canapé déplié à côté de la cheminée où flambe un bon feu. Pour C et D, c’était une première naissance à la maison mais un quatrième enfant. A la sortie de l’école, toute la petite famille s’est retrouvée autour du bébé : moment magique.

A partir de mi janvier, E, tellement pressée d’accoucher et avec encore des peurs pas toujours très faciles à identifier, m’a appelée plusieurs fois ; elle avait fréquemment besoin d’être rassurée et de savoir, dès qu’il y avait un peu de contractions, si « là, c’était la bonne fois ». Je l’ai rassurée à chaque fois et accompagnée du mieux que j’ai pu dans ses doutes : peur d’accoucher trop vite, peur d’être toute seule (F travaillant de nuit), peur que ce soit long et difficile, peur de devoir aller à l’hôpital, peur que G (une amie qui doit venir s’occuper des filles) ne soit pas là, peur que ça se mette en route au moment où ses parents seront là, peur que ce soit pendant que ses filles seront parties en vacances... Au début, mon discours était très clair : « de toute façon, c’est trop tôt ; on n’est pas dans le neuvième mois » mais, après, pas toujours facile de savoir vraiment apprécier ce qui se passait sans se déplacer et j’y suis donc allée plusieurs fois, aussi bien la nuit que le jour, et j’ai même dormi une nuit là-bas avant que ce soit le « bon » jour (= 17 février).

Entre deux, d’autres bébés sont nés.

Le 16 janvier au soir, H m’appelle. Il y a eu des contractions pendant toute la grossesse mais, là, elles sont différentes, plus intenses, tout en restant irrégulières ; le lendemain, à 6h30, I me réveille : le travail est bien en route, les contractions se sont installées progressivement dans la nuit et sont maintenant bien rapprochées. A mon arrivée, H a besoin de savoir où ça en est : 6 cm, col souple, tête bien appliquée, poche des eaux bombante… réveil des deux grands, petit déjeuner en famille, départ pour l’école et, ensuite, H va passer un peu de temps dans le bain puis varier les positions : assisse, debout, accroupie, à quatre pattes ; je lui masse le dos, la matinée passe. Ce bébé est descendu doucement et finalement à 12h25, 25 minutes après la rupture, H serre son petit HI (3990 g quand même) dans ses bras.

Le 21 janvier, c’est JK qui naît tranquillement à minuit au pied du lit de ses parents ; J est à quatre pattes, K assis à côté d’elle. A mon arrivée à 20h, on était seulement à 4 cm puis les choses se sont intensifiées à partir de 23h et, plus encore, après la rupture à 23h30. Dans la semaine qui suit, j’ai l’occasion de rencontrer la maman de J, venue aider à l’intendance familiale et ravie de la naissance de son petit fils à la maison. J est rhésus négatif et JK a la bonne idée de l’être aussi : plus simple pour la sage-femme.

Le 25 janvier au soir, je vois L et M pour la surveillance de terme atteint. Je sens bien que la perspective d’aller à l’hôpital pour faire une échographie n’enchante pas L et que, si ça se prolonge, le stress va monter rapidement ; j’essaie de les rassurer pour les jours à venir : arriver à terme n’a rien d’anormal en soi et, quand tout va bien, la surveillance permet de repousser le déclenchement. Dans quelques jours, on en est sûr, bébé sera là.
Dès le lendemain, à 3h, L m’appelle pour me dire qu’il y a des contractions depuis minuit ; à 6h30, elles sont devenues plus fréquentes et intenses et, à 7h30, le col est bien effacé, souple, on est à 4-5 cm mais la tête semble bien haute derrière la poche des eaux bombante. Pour ce premier accouchement, L a besoin de beaucoup bouger et passe d’une pièce à l’autre, alternant les passages sous la douche, aux stations debout, à genoux, aux mobilisations sur le ballon ; l’arrivée d’un de leur copain dans la matinée me semble perturbante pour cette liberté déambulatoire dans l’appartement mais L dit que non. Elle a surtout besoin d’être rassurée sur le fait que le travail avance : à 9h30, on est à 6 cm, à 11h à 7-8 cm… mais la tête reste toujours aussi haute (et, ça, L ne semble pas l’entendre) ; le bébé va bien et j’espère, qu’à un moment où un autre, la rupture va le faire descendre. En fin de matinée, les contractions deviennent de plus en plus difficiles à supporter apparemment, même si L ne l’exprime pas vraiment… et puis, c’est la rupture à 12h30 : le liquide est clair, on est à 8-9 cm, le bébé va toujours très bien mais sa tête reste aussi haute (mal fléchie, en DP). Deux heures et un certain nombre de contractions plus tard : on en est toujours au même point ; c’est moi qui suggère que peut-être on pourrait aller à l’hôpital, qu’on ne sait pas combien de temps ça peut durer encore, que ça ne me semble pas utile de s’épuiser complètement alors qu’elle me paraît déjà bien fatiguée. Une fois prise cette décision, qu’elle n’arrivait pas à prendre toute seule, L trouve les contractions absolument « insupportables ». Heureusement, l’hôpital n’est pas loin et on y est très bien accueilli par une équipe sympa et sans jugement sur ce qui s’est passé avant (ce n’est malheureusement pas toujours le cas). On passe rapidement à « l’artillerie technique » comme le dit l’obstétricienne de garde. La péridurale apporte le soulagement attendu puis est posée la perfusion de Syntocinon ; je les laisse alors, espérant bien que ce bébé va se décider à descendre. Finalement, si la dilatation s’est bien complétée, il ne fléchira et ne s’engagera pas et naîtra par césarienne le soir à 21h30.
A chaque fois qu’on se retrouve ainsi confronté aux limites du domicile, il y a, non pas un sentiment d’échec, mais un peu de déception. Après coup, L semblait regretter de ne pas avoir pris plus tôt la décision d’aller à l’hôpital où elle a finalement trouvé « sa » solution… mais ne pouvait pas le savoir avant.

Le 29 janvier, vers 22h, N m’appelle pour m’expliquer qu’elle a eu des contractions dans la journée, qu’elles semblent se rapprocher et s’intensifier et que ça la rassurerait que je vienne maintenant plutôt que d’avoir à me rappeler plus tard dans la nuit. Quand j’arrive, vers 23h, les contractions s’estompent, il n’y en a quasiment plus mais on est à 4cm. Après discussion, on décide de tous profiter de cette pause pour se reposer un peu, si possible, et de voir ce que ça donne sur la suite de la nuit : on va donc se coucher ; la pause n’est pas si longue : j’entends N se relever vers 2h et aller et venir dans la pièce de vie. Elle vient me chercher vers 4h30 quand les contractions s’intensifient vraiment : 7 cm. Les heures suivantes passent à alterner massage du dos, à quatre pattes, « roulés » sur le ballon et positions suspendues (c’est O, qui nous a rejoint, et moi qui servons de support). Pour finir N s’installe sur le siège d’accouchement et ne le quitte plus, O est assis derrière elle, et à 7h30 NO naît, comme sa sœur trois ans plus tôt, devant le feu. Tout le reste de la famille arrive bien vite accueillir ce nouveau bébé et on prend tous ensemble le petit déjeuner avant que je reparte.

Pour P et Q, après un premier accouchement on ne peut plus physiologique dans la « salle nature » de la maternité de la ville où ils habitaient alors, le domicile semblait le choix évident pour cette deuxième naissance même si, pour cela, il leur à fallu louer un gîte pour se rapprocher de la sage-femme. Ils ont trouvé un gîte superbe : une vieille ferme rénovée avec des vieux parquets, des poutres et des grandes cheminées, où ils sont arrivés le 9 février. Ils ont a peine eu le temps de s’approprier les lieux que, le 11 au matin, le travail a commencé. Les choses se sont intensifiées très progressivement et c’est seulement en début d’après-midi que P me demande de venir les rejoindre. A 14h45, les contractions sont bien présentes et on est à 6 cm. P va alors passer du temps dans le bain puis s’allonger un peu avant de s’asseoir sur le siège d’accouchement . A 17h45, je suis éclaboussée de liquide clair et 10 minutes après PQ est dans les bras de sa maman. Les jours suivants sont des « vacances » en famille dans ce superbe gîte où les succèdent pour les aider les parents de P et de Q. La propriétaire est ravie qu’un bébé soit né dans sa maison et insiste pour que cela soit noté dans son livre d’or.

Le 17 février au matin, à 6h, c’est F (et non E) qui m’appelle ; je le sens très embêté, ne sachant pas trop comment formuler les choses, désolé de me déranger et se demandant bien lui-même si, cette fois, c’est bien la bonne. Toujours est-il qu’il y a des contractions, depuis minuit, plus présentes encore depuis 4h, et que E les décrit « pas comme d’habitude ». A mon arrivée, il y a bien des contractions mais pas du tout de modification du col : toujours très post, mi-long, tout juste perméable au doigt. Je propose à E de prendre un bain pour voir si ça arrête tout ou non et décide de rentrer à la maison (après tout, on est dimanche et on a des invités ce midi !). Heureusement, ce n’est pas loin du tout. Nouvel appel à 8h45 : cette fois c’est bon, on est nettement passé au stade supérieur, les contractions sont très fréquentes et nettement plus intenses. Effectivement, quand j’arrive à 9h, ça semble même parfois pousser à la contraction… on monte le chauffage ; E, à genoux, n’a pas trop envie de bouger mais finalement s’assoit sur le siège que j’ai installé dans un coin de la pièce. Les filles vont et viennent bruyamment, quittent la pièce, reviennent, se disputent, posent plein de questions. Ni E, ni F, ni moi ne sommes vraiment disponibles pour elles à ce moment-là. La présence prévue de G (finalement partie en vacances le vendredi soir) leur aurait été bien utile. E leur ordonne plusieurs fois de quitter la pièce mais, à chaque fois, elles reviennent, toujours aussi bruyantes et agitées. Heureusement, les choses ne traînent pas et, à 10h10, elles accueillent leur petit frère, EF, avec leurs parents. Quand à moi, je suis rentrée à la maison avant que nos invités arrivent.

Le samedi suivant à 10h, R me prévient qu’elle pense que le travail démarre ; on est tôt dans le neuvième mois (38 SA) mais elle reconnaît bien ces contractions différentes. Troisième bébé et troisième accouchement à la maison. On s’est rencontré, pour la première grossesse, il y a 9 ans. Par contre, pour ce bébé, le papa n’est pas le même et, pour lui, c’est le premier enfant. Ils me rappellent vers 12h30 pour me dire qu’il n’y a pas d’urgence mais que ce serait bien que je vienne. La suite s’est faite tout en douceur, dans une ambiance très feutrée, avec en sourdine des chants tibétains ; la petite RS est née à 15h10 et a très vite trouvé le sein qu’elle n’a quasiment pas lâché jusqu’à mon départ. S, qui découvre tout ce qu’il y a autour de la naissance, est très impressionné par le placenta. Les grands frères arrivent un peu plus tard (ils étaient juste chez des voisins) pour découvrir leur petite sœur.

Que dire de plus ?
Ma vie n’est, bien évidemment, pas faite que de naissances mais la pratique d’accouchement rythme mon quotidien, désorganisant et réorganisant en permanence mon emploi du temps professionnel et personnel. Pendant ces deux mois, en plus des accouchements et des suivis en post-natal immédiat, j’ai aussi vu des femmes et couples en consultation et préparation pour les accouchements à venir. Il y a aussi les visites post-natales, les consultations d’allaitement, de contraception et les séances de rééducation. Tout cela remplit mes journées au cabinet. A chaque fois, ces rencontres sont passionnantes et très riches. Les parcours de chacun-chacune, qui les amènent à croiser ma route, sont différents. Quelle qu’elle soit, simple ou compliquée, chacun a son histoire ; on prend le temps d’en parler, de se connaître, de cheminer dans l’établissement d’une vraie relation de confiance. Les discussions et échanges ne sont pas les même s’il s’agit d’un premier bébé ou s’il y a des expériences d’accouchements en structure ; se revoir pour une autre grossesse quand on a déjà vécu un accouchement ensemble à domicile (voire deux ou trois) est aussi très différent. A chaque fois, le but est d’accompagner cette femme, ce couple, cette famille dans le vécu de cette grossesse et dans sa réflexion pour trouver les meilleures conditions possibles pour vivre cette naissance et accueillir ce bébé et lui faire sa place à la maison.
Permettre à ces bébés de pouvoir ainsi bénéficier de conditions optimales pour atterrir en douceur et à leurs parents et frères et sœurs de pouvoir profiter pleinement, à leur rythme, de tout ce qui se passe et se joue à ce moment-là me paraît absolument primordial.
A partir de fin février et pour trois semaines, j’accueille une étudiante sage-femme en stage à mon cabinet : je suis toujours heureuse de pouvoir ainsi transmettre et partager simplement ce qui fait la spécificité de ma pratique.
A côté de ça, pendant ces deux mois, je suis allé au cinéma (au moins deux fois), à un spectacle de cirque moderne, j’ai fait quelques balades, on a invité des amis et été invités, j’ai répondu aux mails pour l’ANSFL et enregistré les ré-adhésions… la vie a continué normalement.

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« Le couple s’inscrit en tant qu’acteur dans un processus de maturation qui lui est personnel. »

Par Florence et Samuel, parents

S’il fallait caractériser l’accompagnement d’Isabelle à la grossesse, puis à la naissance de notre enfant, le mot « ouverture » nous semblerait le plus adapté. Toutes les possibilités sont offertes, aucune sensation d’emprisonnement, de la parole constructive, une grande capacité d’écoute et de la disponibilité. Tout ceci nous a permis de vivre les événements souplement.

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Une de ses forces et sa richesse est de ne pas nier le milieu médical et les plateaux techniques hospitaliers. Leurs compétences sont reconnues, et utilisées si besoin est, dans une juste mesure. Cet accompagnement donne l’opportunité au couple de s’exprimer ; pas uniquement comme il pourrait se l’imaginer, mais comme il en a le besoin et l’envie sur le moment. Le couple s’inscrit en tant qu’acteur dans un processus de maturation qui lui est personnel. L’approche ouverte et bienveillante permet d’annihiler des peurs, de réguler des tensions qui n’ont ensuite plus lieu d’être. Le bénéfice sera d’accueillir un bébé au sein d’un environnement allégé.

L’arrivée de notre enfant a généré chez nous une sensation de plénitude, de sérénité. Ceci à l’image de la prise en charge proposée. Processus naturel, sans rupture, qui se poursuit par un accompagnement individualisé à domicile. Constance, cohérence, échange privilégié qui permettent de vivre les choses posément, de digérer les émotions. Naissance qui se réalise dans l’intimité qui lui revient, saveur suave qui autorise l’émergence de la chaleur familiale à sa juste valeur. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, un grand nombre d’entraves ont été levées, consciemment ou non, facilitant ainsi l’accouchement et l’accueil de bébé.

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« Le passage de Inda, du dedans au dehors, je l’ai vécu tel un chant d’amour. »

Par Audrey, maman de Inda

Il y a un an, j’avais décidé de vivre mon accouchement à domicile et Julien était partant et confiant pour cette aventure. Ce choix m’a toujours apparu évident, clair, simple. J’espérais que le cours des choses aille aussi dans ce sens. Et le passage de Inda, du dedans au dehors, je l’ai vécu tel un chant d’amour.

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Jamais je n’avais pensé vivre la naissance de notre fille ainsi ! A chaque contraction, je chantais, voyelles, sons, mots sortaient de ma bouche. Mon chant me permettait de bien vivre l’ouverture si physique du bassin. Du chant au oui, du oui au cri.

La naissance a eu lieu dans la salle de bain, l’après-midi. Toute la nuit, j’étais debout, faisant des 8 dans mon bassin, tantôt contre le mur dans la cuisine, tantôt dans le salon, tantôt dans la salle de bain. Chez moi, dans notre univers. J’ai donné la vie assise sur le siège d’accouchement, Julien derrière moi, en soutien, en présence, Isabelle devant moi, assisse en tailleur, patiente, présente, nous offrant l’espace juste pour vivre cet événement à notre rythme. M’abandonner au mouvement de la vie… sans refus, sans blocage, sans forcer… voilà la clef pour moi ! Je ris aujourd’hui de mes hésitations lors de l’accouchement… mais, dans le feu de l’action, s’asseoir sur le siège voulait dire amplifier les contractions et la douleur… voulait dire aussi rencontrer plus rapidement notre fille… Ah ! M’abandonner au mouvement de la vie… sans forcer ! J’ai osé regarder venir la poche des eaux dans le petit miroir présenté par Isabelle… Surprise ! Beauté de cette forme blanche, luisante, telle un œuf ! Surprise lorsqu’elle a éclaté comme un de ces ballons suspendus, gonflés d’eau, dans les kermesses ! Joie ! Rires ! Souvenir d’avoir oser toucher la tête de Inda qui arrivait, à la troisième fois ; j’ai vibré de tout mon être, c’était comme si j’étais devenue la même matière que ma fille, nous étions ces vibrations, nous étions à l’unisson.

Julien est allé faire pipi dans le jardin et est revenu : mon dossier humain ! Mon dossier si précieux pour me fondre dans le mouvement de la vie qui appelait à sortir. Il en a eu des courbatures aux bras et aux jambes !J’ai senti un grand froid m’envahir, la neige en moi ce 1er juillet ! Après, il y a eu ce dépassement de moi-même, j’ai franchi les limites que j’avais imaginées. Mon corps s’est ouvert, mon corps a crié pour laisser venir la tête entière et tout le corps du bébé ! J’ai eu la sensation que le bébé était un poisson jaillissant de la mer, ou une grenouille qui saute en sortant de sa mare.

Ça y était enfin ! Le cri du bébé, la serviette pour l’enrouler, le cordon entre nous, la voix de Julien qui n’en revenait pas. J’étais fatiguée, stone, mais quand l’enfant était là sur moi, sa chaleur, sa couleur, ses yeux… c’était à la fois évident et incroyable. Nous étions trois, nous sommes réunis pour… notre vie !
Merci beaucoup, Isabelle, de nous avoir accompagnés et de permettre de vivre l’arrivée d’un bébé dans une telle simplicité.

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Une arrivée en trombe…

Par Claire, maman d’Elinor

Le travail traîne en longueur sans grande efficacité sur le col depuis dimanche matin. La sage-femme, Isabelle, passe lundi en fin d’après-midi pour constater que ça ne bouge a priori pas, le col reste très postérieur même s’il est mou. Bref, ça peut encore durer un jour, deux, qui sait ?

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La soirée se passe donc normalement, les enfants sont au lit, on est en bas et on regarde des épisodes de Star Trek. Au fur et à mesure les contractions se font plus longues et plus intenses mais quelque part je me voile la face, je n’y crois plus à cet accouchement, on est arrivés à presque deux jours du terme ! Pas moyen de dormir, donc toujours DVD et broderie en alternance, avec aussi des massages du dos par Philippe, jamais assez, et recours à la bouillotte, formidable.

Je laisse filer le cours des choses mais à 2 heures du matin, il faut se rendre à l’évidence : les contractions sont espacées d’environ 6-8 minutes, mais elles me clouent sur place. Je ne les supporte à peu près qu’en étant debout, ou très vite en me suspendant à ce que je peux, de préférence le haut d’un meuble ou d’une porte.

Entre deux, un peu crevée, je récupère en me vautrant dans le canapé... Si j’ai le malheur d’être assise, ou pire allongée, la douleur est terrible. Autre posture qui soulage, assise sur les WC, on fait comme on peut. Je gémis doucement « descends bébé, tu peux venir, descends » et finis par suggérer à Philippe d’appeler Isabelle, pensant que là quand même ça a dû avancer.

Isabelle nous annonce qu’on vient de l’appeler pour un autre accouchement, le cas de figure rarissime… mais fallait que ça nous arrive ! Je lui décris la situation, et comme l’autre maman a déjà perdu les eaux et pas moi, on convient qu’elle va d’abord la voir et nous appelle ensuite pour voir quel travail est le plus avancé. En raccrochant, on se dit avec Philippe que ça se corse, mais que bon, ça peut encore durer plusieurs heures a priori, donc pas de panique…

L’ennui c’est que dans la minute qui suit, j’ai une énorme contraction alors que je me relève du canapé, avec déjà une sensation de poussée. Je me dépêche et m’appuie contre le montant de la porte, et vlouf, la poche des eaux se rompt dans un grand splash, sous les yeux interloqués de Philippe. A posteriori on s’est dit que le canapé et le tapis avaient eu chaud !

Philippe décide de prendre l’initiative et me propose d’aller à la maternité sans attendre la sage-femme. Mais je suis déjà passée en mode instinctif et je dis non, je ne mets pas un pied dans la voiture, c’est maintenant, le bébé va arriver. Philippe est assez incrédule, je fonce dans la salle de bains, l’envie de pousser est de plus en plus implacable. Assise sur les WC, je me relève dans un état de transe ou presque, je crie à Philippe de venir et de rester là, et surtout de récupérer le bébé (une phobie de voir le bébé tomber sur le carrelage) et m’accroche au bord de la vasque, toute tremblante et prise dans l’effort de poussée qui me dépasse. Le fait de me voir dans le miroir est assez étrange, et je plonge la tête dans le lavabo pour ne penser à rien d’autre qu’à ce bébé qui arrive. Une poussée, je beugle élégamment et la tête passe, Philippe n’en croit pas ses yeux et me demande ce qu’il doit faire : tirer dessus ? Non non, je souffle qu’il peut me laisser reprendre un peu d’air, qu’il va y avoir une nouvelle poussée et qu’il doit juste rattraper le bébé (mon obsession !). Nouvelle poussée et hop, après un bref écartèlement, je sens l’intense soulagement d’un bébé qui sort, tout simplement, et re-splash, mais Philippe récupère le bébé (ouf) et j’aperçois juste quelque chose de rose. Il me dit « j’en fais quoi ? » avec le cordon qui la relie toujours à moi, forcément je la prends dans mes bras et la respire, l’accueille pleinement... avant de revenir sur terre avec Philippe qui me tend une serviette et dit qu’il va tout nettoyer ! Je m’assois sur les WC avec mon petit paquet enveloppé dans sa serviette, elle est belle, toute chaude, un peu de vernis sur les épaules mais le visage tout propre, un peu de cheveux, des yeux qui s’ouvrent et des petits miaulements. On prend conscience de ce qui nous est arrivé, et on savoure pendant que là-haut, ça roupille toujours…

Isabelle rappelle alors pour prendre des nouvelles, et comme Philippe annonce qu’on est désormais vraiment 3 à l’attendre, elle conseille simplement de garder bébé bien au chaud et annonce son arrivée dans la demi-heure qui suit. Entre temps Philippe nettoie le sol et je vais m’allonger dans la chambre à côté, toujours connectée à Elinor, dans une nouvelle serviette, mais contre moi, sur ce ventre qui paraît déjà si flasque.

Philippe et moi avons à peine le temps de réaliser que ce bébé est arrivé sans autre intervention que moi qui pousse et lui qui réceptionne ! Scénario pas prévu mais qui à part une dose de stress de dernière minute s’est bien déroulé. Il devait être à peu près 3 heures quand Elinor est née.

Isabelle arrive et constate que tout va bien : bébé ok, placenta ok quoique déjà un peu calcifié, maman ok, première mise au sein ok. Du velours. Elinor est pesée, 3650 g et puis retour au sein, et on s’occupe de la paperasse dans la douceur de ces drôles d’instants un peu hors du temps.

Il est 5h30 quand Isabelle nous quitte pour rejoindre l’autre famille, dont le bébé attend sagement sa présence pour pointer le bout de son nez, lui. Et Philippe va finir par rejoindre notre lit, en me laissant avec Elinor pour récupérer un peu. A 7h30 le fiston déboule en réclamant son p’tit déj, mais quand son père lui annonce que le bébé est arrivé, ses yeux s’écarquillent et il fonce le dire à Rozenn pour ensuite venir découvrir leur petite sœur : ils sont tout câlins, et finalement on se dit qu’on ne s’est pas vraiment posé la question, dans le feu de l’action, de les déposer chez des amis ou non. Ils n’ont pas été bousculés, mais n’ont pas été présents non plus directement, et c’est tant mieux.

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La naissance familiale de Kohai, notre troisième enfant

Par Paula (Polynésie française), maman de Kohai

Enfin, le jour J arrive (dpa +8), je commence à avoir des contractions faibles vers midi, je ne sais pas si c’est le vrai travail ou non. Le matin, Isabelle m’avait emmenée marcher 2h.

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Vers 14h les contractions commencent à être un peu plus fortes, je suis assise en tailleur sur mon lit, je me relâche sur chaque contraction, chose que j’ai souvent fait en tai chi mentalement. Les volets en bois sont fermés, la lumière passe à travers les lattes, ça va, il ne fait pas trop chaud.

Les contractions augmentent en intensité progressivement. Je me mets debout et marche dans ma chambre. Mon fils vient me voir, nous discutons entre deux contractions, et puis je lui demande de sortir, j’ai besoin d’être seule. Je marche, je me penche en avant à chaque contraction, je finis par aller m’accouder à la fenêtre, ça fait du bien, de m’étirer un peu vers l’avant, la luminosité est beaucoup moins intense il doit être 16h, de jolies formes orangées dansent sur le mur en face de la fenêtre.

Isabelle me dit qu’elle est sur la terrasse avec mon mari, ils préparent la piscine gonflable et ses affaires. Moi je suis toujours à ma fenêtre. Puis elle vient me chercher et me propose de me mettre dans la piscine, j’y entre, l’eau n’est pas assez chaude à mon goût aussi je garde près de moi le tuyau d’arrivée d’eau chaude, je suis à genou, un peu penchée vers l’avant. Être dans l’eau est vraiment agréable car mon poids ne pèse pas sur mes genoux.

Je commence à grogner sur chaque contraction, mon mari me fait remarquer que les voisins vont se demander si on n’est pas en train de faire l’amour bruyamment, ça me fait rire, mais l’intensité des contractions me rattrape, elles sont beaucoup plus rapprochées et fortes. Isabelle me propose de respirer moins vite et de souffler régulièrement plus longtemps. Je ne trouve pas ça facile et, de toute manière, j’ai l’impression de me contenter de survivre, je ne contrôle rien, c’est mon corps qui fait tout : quand je bouge, me balance, quand je respire ou crie, rien n’est décidé, je crois qu’Isabelle me parle mais je ne l’entends pas, je suis dans ma bulle, les contractions se succèdent, je les vis une par une, j’apprécie le repos entre chacune.

Je finis pas changer de position, j’étends une jambe sur le coté, l’autre reste à genou, et je suis toujours penchée vers l’avant appuyée sur le rebords de la piscine. Là je trouve les contractions presque insupportables, je sors de ma bulle et demande à Isabelle combien de temps elle pense que ça va prendre encore, elle sourit et me dit juste « pas longtemps, tu y es presque ». Puis « veux-tu que les enfants viennent ? », je lui réponds « non, pas maintenant ». Ma fille (10 ans ) et mon fils (7 ans) sont dans leur chambre,.

Quelques contractions plus tard j’ai envie de pousser et je sens que tout mon corps est parcouru d’une étreinte puissante, il pousse très fort, je m’arc-boute contre le bord de la piscine, bébé sort la tête puis son petit corps, Isabelle l’attrape et me le mets dans les bras. Je suis... c’est indescriptible... heureuse, aux anges, dans les vap, je mets bébé à téter, ses yeux sont grands ouverts, il me regarde, puis regarde tout le monde, il n’a pas crié mais respire bien, je le garde serré contre moi et lui murmure « bienvenue mon amour ».

Les enfants et mon mari sont venus sur la terrasse, ma fille très impatiente me demande « alors, c’est un garçon ou une fille ? » (j’ai quand même mis plus de 10 min avant de regarder !). Je me décide à le desserrer un peu de moi et j’annonce « c’est un petit gars ». Ma fille est très déçue : elle aurait voulu une petite sœur... Elle va dans sa chambre mais ça lui passe vite et elle revient en déclarant « bon, ben c’est pas grave ! »

Voilà, Kohai fait partie de la famille, son grand frère lui fait un petit bisou. Comme le cordon a cessé de battre, Isabelle le clampe et propose à mon mari de le couper, il préfère décliner. Il prend bébé dans ses bras et je sors de la piscine pour l’expulsion du placenta... Il fait nuit, il est 19 h et la famille vient de s’agrandir...

Avec un remerciement chaleureux à Isabelle qui a si bien su nous accompagner en nous laissant toute notre autonomie et notre intimité familiale.

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Stage chez une sage-femme libérale ayant une pratique d’AAD : « on m’avait dit folie, danger... »

Par Corinne Gerbouin, étudiante sage-femme

En dernière année d’étude de sage-femme, nous réalisons toutes un stage chez une sage-femme libérale. Au cours de nos études, des sages-femmes libérales viennent nous présenter leur pratique. Il s’agit de préparation à la naissance (sophrologie, yoga, haptonomie) ou de rééducation du périnée. C’est donc logiquement que la majorité des étudiantes contacteront les sages-femmes réalisant ces actes ainsi que du suivi de grossesses pathologiques.

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Selon moi, la sage-femme n’est pas un acteur de plus dans la grossesse mais l’interlocutrice principale du couple. C’est dans cette optique que j’ai recherché une sage-femme s’inscrivant dans une démarche d’accompagnement global. Celle que j’ai trouvée réalisait également les accouchements.

Au CHU, le projet de naissance est rejeté par beaucoup pour cause médicolégale. L’accouchement à domicile est perçu comme une folie monumentale de certaines sages-femmes et de leurs patientes. A l’école, si l’on apprend que vous allez chez « ces » sages-femmes, attention mesdemoiselles vous prenez des risques. Malgré les mises en garde, nous sommes un petit nombre à tenter l’expérience. Je suis donc partie pour trois semaines vers l’inconnu et vers le danger (au dire de mes enseignantes et des sages-femmes de l’hôpital).

Isabelle et ses patientes m’ont réservé un accueil chaleureux. J’ai découvert un univers de confiance et de calme lors des consultations. Les rencontres se suivent et le lien se renforce. Les maux s’envolent à travers les mots. Un regard, une parole et le message est transmis. L’examen clinique est le même qu’à l’hôpital mais sans précipitation. La fin de grossesse approche, à notre tour de rendre visite aux futurs parents. Découvrir encore un peu plus leur univers pour mieux les accompagner. C’est amusant de découvrir la future « salle d’accouchement » présentée par les parents.

Le dossier est prêt à la maternité. Voilà bébé qui décide de se manifester, un appel pour rassurer et on va rejoindre les futurs parents. Papa nous accueille, on observe, on écoute, on masse, le climat est détendu. Pas de fils dans tous les sens ou de chemise de bloc, les mouvements sont faciles et la position recherchée. Le papa tient sa femme entre ses bras et n’a pas besoin de contourner le pied à perfusion pour lui glisser un petit mot dans l’oreille. La tête approche, les mots se font rares, le regard est seul capable de transmettre les émotions du moment. Le bébé rejoint les mains de la sage-femme. A aucun moment, la peur n’est présente. Quelques instants plus tard, papa, maman et bébé sont dans le lit et font connaissance.

On m’avait dit « folie, danger », je dirais plutôt confiance, calme et sécurité.

J’ajouterais que la peur des sages-femmes hospitalières provient certainement d’un manque de connaissance réelle de cette pratique. A l’inverse, les sages-femmes libérales intègrent la prise en charge hospitalière à leur pratique. La meilleure solution pour nos patientes ne serait-elle pas une collaboration entre les sages-femmes ?

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Hasard s’il en est ou comment l’AAD vient aux sages-femmes

Par Sidonie Le Poul-Petit, sage-femme libérale

Ma grand-mère, sage-femme toute sa vie durant, m’a dit, il y a de cela une trentaine d’années, « si tu hésites entre la photo ou le métier de sage-femme, je te conseille vivement de t’orienter vers la photographie… Ce métier n’est plus ce qu’il était, la médecine devient folle… »

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C’étaient les débuts du monitoring. Inutile de vous préciser qu’elle a refusé d’utiliser cette « machine qui complique l’existence des femmes » jusqu’au dernier jour de sa carrière !

Je n’ai donc pas suivi son conseil… Et pendant mes études, j’ai bien été obligée de me rendre à l’évidence : la médecine obstétricale que l’on m’enseigne, se comporte bien étrangement…

Quelques années passent, la vie m’emmène en Bretagne où je débute une activité libérale sous l’impulsion d’une collègue qui souhaite interrompre son activité momentanément. Il est convenu que je prenne sa suite pour faire de l’accompagnement global et des naissances à domicile. C’est comme cela que je souhaite exercer : c’est une évidence ! Parce que chaque humain, chaque femme, chaque famille est unique, pour la rencontre, pour le respect, pour… Mais… la peur… m’envahit, irrationnelle, indéboulonnable… Je pense aussi à l’organisation familiale, et les assurances viennent tout juste de cesser leur couverture AAD… Bref, tout un tas de raisons pour renoncer à l’accompagnement global.

Je me lance quand même dans une activité libérale. Démarre alors une période riche en découvertes. J’ai tant de choses à apprendre : la CMP, l’allaitement (j’y connais rien, finalement), la physiologie en vrai, la grossesse, les suites de couches… Je rejoins l’ANSFL où je fais de passionnantes rencontres. J’écoute toutes ces sages-femmes qui accompagnent les naissances ou qui l’ont fait ou qui le feront, en tout cas qui soutiennent.

De retour en région parisienne, je rejoins un cabinet de sages-femmes. L’une d’entre elles accompagne les naissances à domicile depuis plus de 10 ans. Je la regarde travailler, nous échangeons. Les discussions sont riches, émouvantes, emportées. Je rêve que mes enfants grandissent plus vite, je la vois aussi parfois exténuée par une nuit blanche, soucieuse pour une femme ou un bébé. Quel boulot ! C’est effrayant, vu de l’extérieur.

A plusieurs reprises, je l’accompagne sur des naissances. Une fois, j’arrive la première. La femme est sur le point de mettre au monde. Elle est à quatre pattes. Je constate avec étonnement que je ne suis pas paralysée par la peur. L’enfant naît simplement, et la collègue arrive, enfin.

Et puis, la vie fait que…
Un après-midi de fin décembre, cette collègue se retrouve momentanément dans l’impossibilité de poursuivre son activité professionnelle. C’est une situation extrêmement difficile pour elle : cela ne lui est jamais arrivé de ne pouvoir être au rendez-vous d’une éventuelle naissance.
Plusieurs jours se passent, elle s’organise tant bien que mal. Les sages-femmes de la région qui pratiquent l’AAD se mobilisent mais elles sont déjà toutes saturées de travail. Un matin, elle me téléphone : « j’ai bien réfléchi : c’est toi qui va faire ces naissances, c’est le moment de te lancer », « … ? », « Si, si, si », « et bien, puisque tu le dis, c’est ok… ».

Nous nous réunissons pour les modalités pratiques, les dossiers, les transmissions, le matériel. « Tu m’appelles si tu as une question, un doute. Tu peux également solliciter les autres sages-femmes, elles sont d’accord pour se déplacer si tu as besoin… » Je sens un vent de solidarité pour la collègue et pour moi-même qui me réchauffe. La nuit qui suit la réunion, le téléphone sonne : « J’ai des contractions depuis plusieurs heures, je sens que cela devient difficile, je ne sais pas si je vais y arriver, je te passe mon mari… » Et je l’entends respirer. Je me dis, il s’engage peut-être ce bébé, vite, vite. Elle habite à trois quarts d’heure. Dans la voiture, je me sens sereine, excitée aussi. Mes pensées vont tout azimut ! Ne pas oublier ceci, cela. J’ai hâte d’arriver !
Elle est à dilatation complète, bébé engagé, la poche des eaux s’est rompue pendant mon trajet. Le bébé va très bien… Le liquide est clair. Ouf ! Les CU sont intenses et régulières. Que cette femme est belle dans ses efforts, quel boulot d’accoucher ! Et quelle sérénité aussi dans cette maison. Le papa est d’une présence ! N’ayant pas eu le temps de se procurer un chauffage d’appoint, il a sorti l’appareil à raclette ! C’est incroyable ce que la résistance électrique de ce petit appareil peut dégager comme chaleur ! Et quelque temps plus tard, une petite fille naît. Camille. Elle est en pleine forme.

J’appelle ma collègue : « Gaëlle a accouché. Tout va bien. » Ben oui, pourquoi ça n’irait pas, me dis-je ! J’ai besoin de partager ce moment avec quelqu’un qui sait, puis j’appelle mon homme (qui s’est levé au coup de fil nocturne et m’a préparé un p’tit café). Après les 2 heures de surveillance rapprochée et les écritures (dossier, carnet de santé, certificat de naissance…), je pars.

Sur le trajet du retour, je constate que je me détends. Je ne m’étais pas aperçue de cette tension intérieure, car je n’ai pas eu peur. Je me suis sentie très calme, très en confiance avec ce couple bien décidé. J’en déduis que ce doit être l’état de vigilance qui produit cette tension. Juste ce qu’il faut pour avoir toutes ces antennes en action. Il va falloir se reposer car d’autres naissances vont avoir lieu.

J’ai accompagné comme cela six naissances, le temps que ma collègue ait à nouveau la possibilité de reprendre son activité. A deux reprises, j’ai eu une petite décharge d’adrénaline.
La première fois chez une femme qui mettait au monde son deuxième enfant à la maison. Avant d’être à dilatation complète, elle me dit : « c’est difficile, ça fait mal, dis-moi ce que je dois faire. » Je lui suggère de s’accroupir. Et c’est ce qu’elle fait. Très vite elle me dit qu’elle ne se sent pas bien, qu’elle a la tête qui tourne. J’écoute le petit : il bradycarde à 90-80 bpm ! Ben, merde, me dis-je, qu’est-ce que je fais dans ces cas-là ? Puis la seconde d’après je me fais la réflexion qu’il doit bien y avoir une explication logique à cette bradycardie : ça ne peut pas être le synto, y en a pas ! La poche des eaux est intacte. Bon prenons la TA puisqu’elle me dit qu’elle ne se sent pas bien. TA=8/6 ! Ah mais c’est bien sûr une cause positionnelle ! J’ordonne :« Allonge toi sur le coté. » Et 10 secondes plus tard le RCF est à nouveau normal et le restera jusqu’à la fin. Conclusion : restons logiques !
La deuxième fois, c’était chez une femme dont le bébé n’a manifesté aucune anomalie des BDC. Il est arrivé en boulet de canon avec un circulaire bien serré autour du cou que j’ai clampé et coupé à la vulve. Cet enfant était gris, blanc à la naissance. Ses mouvements respiratoires ont été immédiats, son cœur était normal, mais il ne rosissait pas. Une minute, puis deux, je sors l’O2 et le lui colle sous le nez. Toujours rien ! Je réfléchis : aucun contexte infectieux, juste ce fichu cordon ! cinq minutes, dix minutes ! Que c’est long ! J’appelle la collègue. J’ai besoin de réfléchir avec quelqu’un.
« Tu as une explication : le cordon. On attend un quart d’heure et on refait le point. » Je reviens auprès de l’enfant et sa maman. Ça y est, des tas de taches roses apparaissent de ci, de là, et trois minutes plus tard il tète, rose comme un bonbon ! Après réflexion, cet enfant n’a pas profité de la perfusion placentaire des premières minutes, il s’est mis en acidose. Encore logique ! Il va très bien.

J’ai accompagné également une naissance un peu particulière. Disons que les circonstances étaient particulières parce qu’il s’agissait de l’accouchement d’une sage-femme. Elle avait contacté une sage-femme d’expérience en début de grossesse (la collègue que je remplaçais) et elle se retrouvait à avoir à faire à une novice. En tant que sage-femme elle-même, elle avait mesuré le pour et le contre de cette éventuelle aventure à domicile. L’expérience de la collègue que je remplaçais avait pesé positivement dans la balance. Sans compter, la relation qui s’était installée entre elles au fur et à mesure de la grossesse. Nous avons eu le temps de nous rencontrer plusieurs fois avant la naissance. Il faut dire que l’on se connaissait un peu puisque nous avions travaillé dans la même maternité. Et nous avons eu de longs échanges, y compris avec son conjoint. Il était capital que la confiance soit là de part et d’autre. Je leur ai bien spécifié qu’il n’y avait aucune obligation, que si le doute était là, et c’était légitime, il leur fallait renoncer à ce projet avec moi (je l’ai d’ailleurs dit à toutes les femmes).
Et puis à l’occasion d’une visite, elle me dit « qu’après réflexion, c’est moi qui vais mettre au monde... C’est mon histoire et finalement cela importe peu qui sera là, du moment que cette personne sait reconnaître une situation délicate. » Et ce fut une merveilleuse aventure. J’en garde un souvenir extrêmement ému. Cette jeune femme s’est posé des questions de femme (et de sage-femme un peu aussi) pendant son travail qui a été rapide : « ça fait vraiment mal, je ne pensais pas que ce serait comme ça, je ne sais pas si je vais y arriver, je vais mourir, dis-moi où j’en suis, non ne me le dis pas, j’ai pas le temps de m’adapter, quand est-ce que c’est fini ? »
La petite fille est née, avec douceur, coiffée d’une poche des eaux qui n’avait pas jugé nécessaire de se rompre avant, tel un bandit qui fait un hold-up avec un bas sur la tête. Ce qui lui vaut le surnom de « petit bandit ». Sa maman et son papa l’ont accueillie merveilleusement.

Durant ce mois et demi, j’ai aussi été confronté à mes limites. J’ai refusé de poursuivre l’aventure plus loin avec un couple. La situation ne me paraissait pas compatible avec une naissance à domicile. Cela a été une étape importante mais pas facile. On a l’impression d’abandonner. Il y a un aspect positif à cette histoire : c’est une manière de permettre aux gens de réfléchir à leurs propres limites. J’ai, en tout cas, mesuré l’importance de pouvoir le faire.

Depuis quelque temps, ma collègue a repris son activité. J’ai décidé de continuer avec elle (à un rythme plus raisonnable pour moi). J’ai cette chance inouïe de bénéficier d’un compagnonnage de la part d’une sage-femme que j’admire beaucoup. Ses connaissances en obstétrique sont impressionnantes. C’est surtout une personne pleine d’humanité.

Je remercie infiniment cette collègue ainsi que toutes ces femmes, qui, malgré une situation pas simple pour elles, m’ont accordé leur confiance. Une nouvelle perspective professionnelle commence. Bien sûr la vie familiale est un peu bousculée. Mais on ne s’organise pas si mal. J’ai également fait une demande d’ouverture d’un plateau technique. C’est plutôt en bonne voie.

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« Lorsque ma femme m’a annoncé qu’elle souhaitait accoucher à la maison, la peur et l’angoisse m’ont envahi. »

Par Olivier, papa de Paul

De nature, je suis inquiet. Pendant la grossesse, cette inquiétude a grandi et, lorsque ma femme m’a annoncé qu’elle souhaitait accoucher à la maison, la peur et l’angoisse m’ont envahi. Rien ne me rassurait, même pas les 20 ans d’expérience de la sage-femme. Enfermé dans mes idées, celles que l’on se donne d’un accouchement à l’hôpital, la maison n’était pas, pour moi, le lieu approprié pour une naissance. 

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Des questions se posaient, comme l’hygiène, l’assistance… bref, les questions d’un père angoissé. Après de multiples conversations entre ma femme et moi, j’ai tout de même accepté cette expérience (on avait quand même constitué un dossier à l’hôpital en cas de problème et, de toute façon, Isabelle le prévoit systématiquement).

Ma femme a commencé à avoir des contractions vers 1h30 du matin. Vers 5h, j’ai appelé Isabelle qui s’est déplacée aussitôt. Pendant le travail, je me tenais à disposition, épaulant mon épouse. En observant Isabelle dans ses démarches, j’ai vite ressenti un apaisement et le stress est tombé pour laisser place au bien-être (c’est difficile à décrire !).

Vers 12h30, la tête de bébé a commencé à apparaître et les douleurs de ma femme étaient encore très fortes. On se sent tout petit et faible dans ces moments. A 12h50, notre petit garçon arriva et le bonheur nous gagna.

Mes conclusions : Cette démarche peut paraître folle mais c’est en fait une expérience fantastique et, surtout, sans danger

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« J’ai accouché en 17 jours »

Par Katy, maman de Neïla

J’ai accouché en 17 jours, de façon progressive, avec une fausse alerte puis un lent travail (4cm de dilatation 2 jours avant l’accouchement). Le tout s’est fait à la maison.
J’aurais voulu accoucher à la maison dès la première fois, mais les circonstances ne l’avaient pas permis.

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Cette fois, vers deux mois de grossesse, je téléphone à Isabelle, la sage-femme la plus proche de chez nous accompagnant les accouchements à domicile. Première surprise : je pensais qu’elle voudrait nous rencontrer, genre « examen d’entrée », mais non, elle me dit aussitôt que c’est possible pour la date que je lui indique, le 23 septembre, et nous prenons rdv.

Deuxième surprise, elle ne m’examine pas le col de l’utérus, me demandant doucement, face à mon étonnement, si je ressens tel et tel symptôme qui indiqueraient qu’il vaut mieux y regarder de plus près. Comme il n’en est rien, pas besoin ! La femme sent elle-même ce qui se passe dans son corps ! Je le savais, mais les pratiques habituelles du corps médical ne vont pas dans ce sens… Mon médecin avait insisté pour ausculter le col vers 1 mois 1/2, puisque je ne rencontrais alors aucun spécialiste, au cas où je présenterais un problème non identifié et lui en voudrais ensuite de ne pas l’avoir diagnostiqué. Mais enfin, si problème il y avait eu, je l’aurais senti ! Je sens mes bébés bouger très tôt, aux alentours de la première échographie, mais médecin comme gynéco m’affirmaient que c’était trop tôt. Isabelle m’a, elle, confirmé dans mes sensations, car ces deux messieurs m’avaient fait douter.

Bref, les mois passent, nous allons voir Isabelle chaque mois. Nous partons en Espagne de fin juin à fin juillet, et au retour moult contractions de ventre dur me font m’inquiéter. Pendant les congés d’Isabelle, je consulte une autre sage-femme pour me rassurer. Le 9 septembre, des contractions plus fortes me réveillent aux alentours de minuit. Vers 7 h, tout se calme, fausse alerte. Des contractions par période les 15 jours suivants font avancer le travail. Le gynéco pour la visite du 9ème mois évoque ce qui arriverait si le terme était dépassé, me causant de l’inquiétude. A la sortie de la visite, bébé se met à pousser très fort vers le bas, sans doute mécontent d’avoir été touché beaucoup moins doucement que ne le fait Isabelle !

Vendredi 23, jour du terme, visite chez Isabelle : tout va bien. Nouveau rendez-vous fixé au dimanche à 17 h. Samedi matin la maternité nous téléphone dès 9 h : « Vous savez que vous avez dépassé le terme ? Que comptez-vous faire ? » Ma maman arrive l’après-midi pour une semaine, et vers 2 h du matin le dimanche, des contractions me réveillent et m’annoncent que cette fois bébé ne devrait plus tarder à pointer le bout de son nez. Je me lève pour préparer les lieux, ma maman aussi. Nous nous recouchons. J’appelle Isabelle vers 7 h et elle arrive à 8 h. Nous prenons le petit-déj tous ensemble. Mon col est dilaté à 6 cm (seulement ?!). Ensuite je me douche, finalement ça se transforme en bain. La fatigue m’assaille et je pars me reposer dans notre lit, dans un demi sommeil rythmé par les contractions qui prennent du volume. Vers 11 h je me lève et commence, toujours seule, à arpenter la chambre de nos 2 garçons, située à l’étage à côté de la nôtre. Vers midi, j’évoque, heureuse, une œuvre d’art en train de se produire, et des contractions belles, profondes et larges. Ma mère part avec nos enfants chez des amis ; ils y attendront notre coup de fil.

Après leur départ, les contractions s’intensifient, j’arpente cette fois la pièce du bas où nous vivons, en ménageant des pauses pour souffler. Il fait bien chaud grâce à la cheminée. Au fil du temps les contractions tirent sur mon dos, je cherche alors une position qui me soulagera : à genoux, dos rond. Isabelle me masse le dos. Le travail change de nature. Je songe non sans ironie que l’adjectif « belles » n’est plus celui que je choisirais pour décrire mes contractions !

Vers 15 h Isabelle me propose de m’asseoir sur le siège d’accouchement car les positions accroupie ou à genoux, me fatiguent les jambes. Ce siège prévoit une place pour quelqu’un derrière la maman, mon conjoint s’y installe. Et franchement, c’est royal ! Entre chaque contraction, je me repose de tout mon corps contre mon mari, comme dans un fauteuil. Pendant les contractions, je suis quand même dans ses bras et lui broie les doigts !

Épuisement. J’ai besoin d’avaler quelque chose, mais n’ai ni la force ni le temps pour mâcher. Une idée : le lait concentré sucré. C’est une saveur d’enfance, associée au début de mes grossesses quand les nausées sont si fortes. Il en reste une boîte, j’avale deux goulées, je bois et me revient un peu d’énergie. Néanmoins, chose extraordinaire, je m’endors entre les contractions, quelques secondes à chaque fois. Je n’avais pas songer dormir en accouchant ! Pendant tout ce temps, j’émets des sons graves, ça ressemble même par moment à du chant harmonique. La poche des eaux se rompt juste avant la sortie du bébé : drôle de sensation, une onde. La tête sort, puis le reste. Purée, je ne me souvenais pas qu’un accouchement, c’était aussi intense. Pas question d’en faire un autre ! Mon mari me demande aussitôt le sexe du bébé : je lui réponds de me laisser souffler. Quelques instants plus tard nous regardons : c’est une fille, elle s’appelle Neïla.

Neïla se révèle être un bébé d’une sérénité extraordinaire : la naissance a été à son rythme, un peu lent pour moi, mais finalement, ça ne dure que quelques heures. Pas traumatique pour elle, et peut-être même que nous ferons un quatrième enfant ! L’avenir le dira.

Je recommande la naissance à la maison à tous les couples qui ne sont pas dans la peur par rapport à l’accouchement. « C’était luxueux » a déclaré mon mari. Nos aînés n’ont pas eu à vivre une séparation d’avec leur maman, en plus d’avoir à accepter la petite nouvelle. Et nous les parents avons vécu cette naissance dans l’intimité, la sérénité, la confiance. Une magnifique expérience !

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« Accoucher chez soi touche au bonheur parfait lorsque tout est fini et qu’au lieu de rester 2 heures en salle de travail, on prend une douche avec son savon à la rose préféré, vivante, indemne, comblée. »

Par Catherine et Philippe, parents d’Alice

Il est une heure, nos bras se sont déliés et tu viens de t’endormir près de moi. Mon ventre étranger et familier est plein de mouvements et de tensions, comme chaque soir. Plus que chaque soir ?

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Cet après-midi au soleil, nous sommes allés marcher avec les enfants. La grossesse est à terme demain, depuis quelques jours nous essayons de marcher davantage, pour lancer l’accouchement. Souvent la nuit, je me suis levée, j’ai pensé à un début de travail, puis les contractions se sont arrêtées. Nous nous sommes impatientés, inquiétés peut-être… Ces derniers jours, et aujourd’hui particulièrement en marchant au soleil, j’ai pris mon parti de cette grossesse qui se termine langoureusement, je suis prête à accepter sereinement, apaisée, que le terme soit dépassé, à laisser à la nature le temps qu’elle exige. J’en souris même, moi qui ne sais rien de la patience !

J’ai aussi depuis quelques heures pris la décision claire, après mille craintes et hésitations, d’accoucher à la maison. Tu m’accompagnes, confiant, dans ce choix pourtant curieux et inquiétant pour toi il y a quelques mois, et je t’en suis profondément reconnaissante. Au début de la grossesse, une visite ensemble à la maternité, pourtant la moins médicalisée de la ville, a montré que le protocole s’est durci : pose obligatoire d’un accès veineux sur la main dès l’arrivée, 20 mn de monitoring obligatoires toutes les heures, même dans la jolie chambre de naissance avec coussins et baignoire où tout devrait être « comme à la maison », la sécurité hospitalière en plus. Longtemps nous avons soupesé nos craintes et mon désir d’accoucher à la maison. Le souvenir de la transe de mes trois précédents accouchements, de mon besoin de bouger, de choisir mes mouvements, d’être guidée ou écoutée pour la position (plus jamais couchée sur le dos ! La présentation postérieure du bébé rend la position insupportable !) me conduisent à refuser le protocole médical habituel. Pour toi ce sera ton premier bébé, peut-être le seul que nous aurons ensemble, je veux que cela soit vivant, mémorable, que tu aies complètement ta place auprès de moi et de ton petit... Je veux rester auprès de toi et de mes trois grands, aussi, j’envisage mal de séjourner seule à la maternité en vous laissant ici, j’ai besoin de vous, de mon nid, de nous sentir liés par cette naissance. Nous avons beaucoup parlé, exprimé nos craintes si l’accouchement à la maison tournait mal, mais ces dernières heures c’est plutôt l’intuition, la pulsion première qui parle : ce sera donc chez nous.

Sommes-nous encore enlacés ? Ce ventre énorme trouble et renforce à la fois notre intimité. Tu dors maintenant, les puissantes ondulations de mon ventre ne s’apaisent pas mais se précisent et se scandent comme une danse lente émerge de l’agitation. Elles me quittent, je n’en suis plus maîtresse, voici que mon ventre vit sa vie. Dix minutes. Contraction. Dix minutes. Je me lève et vais chercher un réveil. J’ai un peu froid. Cinq minutes. Cinq minutes. Comment doit-je respirer pour passer les contractions confortablement ? Est-ce mieux accroupie ? Je veux marcher pour balancer mon bassin et passer le temps, mais la tête du bébé est si basse déjà que j’en suis gênée, je suis mieux immobile. J’ai mal au dos : je sais que le bébé est en présentation postérieure, Mathias aussi, quand il est né, se présentait ainsi, je retrouve peu à peu les sensations d’ouverture et de pression dans le dos : « accoucher par les reins », quelle drôle d’expression... Ce n’est pas ce que je ressens, cette petite phrase semble parler d’un mouvement contre nature, quand pour moi tout va bien. Aïe, ça fait mal, je goûte le petit délice de ce secret que je préserve encore un peu, avant d’appeler Isabelle et de te réveiller pour t’inviter dans la danse. Prends des forces, mon amour, bientôt notre fusée va décoller pour aller chercher notre fille, tu vas vivre un moment puissant et unique, je te veux reposé pour le boire avec moi.

Cette quatrième naissance commence comme les précédentes. Dans une douce euphorie, je me promène, au bord du fou rire. Mon ventre s’amuse et je suis de la fête. Quatre enfants, quatre fois, j’ai passé une heure, deux heures, ou plus, dans cette joie épuisante et un peu inquiète des contractions qui s’enchaînent, sans me résoudre à l’idée que l’accouchement commence. Ma petite voix l’affirme pourtant sans aucun doute, mais le temps se suspend, je suis si immergée dans la surprise de ce qui saisit mon corps instant après instant que l’idée de l’avenir – la suite des contractions, la naissance – me paraît extrêmement lointaine. Je suis le présent se faisant. Cuisine. J’ai toujours froid. « Allô Isabelle ? Excuse moi, c’est la nuit, mais voici une heure trente que j’ai des contractions, elles viennent toutes les 5 mn depuis 45 mn. » Je le dis sans y croire, ces informations me font rire comme une blague. Isabelle me dira au petit matin que je n’avais pourtant pas l’air de douter. Elle répond ensommeillée « Tu veux que je vienne maintenant ? » Oui et non, je suis bien, seule, je n’ai pas hâte de passer à la vitesse supérieure, lorsque le dos est collé au dossier par l’accélération du travail. Mais pourquoi avoir tiré Isabelle du sommeil pour lui dire de se rendormir ? Je n’ai pas envie que le bébé arrive en son absence : « Prends le temps de te réveiller tout de même, je vais prendre un bain. »

Dans la chambre tiède, tu dors profondément. Un baiser, ton prénom prononcé, ton prénom prononcé, un baiser. Une caresse. Tu dors. « Phil, réveille toi, le bébé arrive. » Tu me souris incrédule. Je t’aime ! Oui, ma bourrique bien aimée, lève-toi, je ne veux pas que tu manques la suite du spectacle, d’ailleurs j’ai besoin de te sentir près de moi. J’admire ta vivacité à deux heures trente du matin. Habillé, l’air frais, vraiment j’admire.

Je suis dans mon bain, que fais-tu ? Du café peut-être ? J’essaie de prendre un rythme avec les contractions, je teste des positions, je danse d’une fesse sur l’autre pour passer la minute de contraction dans l’eau. C’est long, je ne suis pas très bien dans ce bain. Isabelle arrive, prend quelques nouvelles, sort se changer puis s’installe près de moi, elle respire avec moi, ne me quitte pas des yeux, en silence. A quoi pense une sage-femme qui attend à côté d’une femme dont l’accouchement avance, mais est loin d’être fini ?

Trois heures. Te voici, tu me manquais. Tu veux savoir si tu réveilles les garçons pour les emmener finir la nuit chez leurs copains. Rose est partie dormir chez Pauline, ça tombe vraiment bien pour elle. Je n’ai envie ni de réveiller les garçons, ni de les éloigner, mais tu sembles décidé et je sais que tu as raison : tout-à-l’heure, je veux pouvoir exprimer la douleur, crier si je veux, sans crainte de les réveiller, et tu le sais. Je te laisse faire mollement, d’ailleurs entre ce bain trop chaud, l’inconfort de la baignoire étroite et les contractions qui commencent à déménager, j’ai du mal à parler. Les garçons entrent dans la salle de bain, tout ensommeillés, tu leur expliques que le bébé va naître, Mathias m’embrasse tout tendrement, Louis-Marie intimidé pose vite fait une bise sur ma joue, vous disparaissez tous les trois. Demain, à son retour, du haut de ses 5 ans, Mathias me mimera, soufflante et grimaçante, à mourir de rire : « tu étais comme ça, maman, cette nuit. »

C’est vrai, j’étais en forme. Je suis resté un peu avec toi dans le bain, puis j’ai fait du café car tu m’as dit qu’Isabelle arrivait. Je t’ai ensuite laissée avec elle, je voulais surtout m’occuper des garçons. J’ai appelé les parents de leurs copains, il était trois heures, c’était rigolo. Je les ai emmenés dormir chez leurs amis, ils étaient tout endormis. La maman de Damien avait laissé la maison allumée, Damien ne comprenait pas pourquoi Mathias était là. Chez Kellian, tout le monde s’est levé en robe de chambre, même la grande sœur, c’était drôle et un peu embarrassant.

Marre de ce bain ! Isabelle a apporté la chaise d’accouchement dans la salle de bain, mais bien qu’elle s’inquiète pour la moquette ou le lit, je veux vraiment accoucher dans notre chambre : je suis incapable d’imaginer la naissance ailleurs que dans ce cocon un peu reculé dans la maison qui a abrité ces mois d’attente, ces longues nuits sans sommeil passées à guetter les mouvements du bébé... Isabelle n’est pas contrariante. Elle m’enveloppe d’une grande serviette et, la chaise d’accouchement sous le bras, me suit dans l’escalier que je tente de descendre comme une marionnette désarticulée, à cause de la tête du bébé qui me semble occuper et bloquer le bas de mon bassin.

A mon retour, je crois que tu voulais sortir du bain, je t’ai laissée avec Isabelle qui surveillait et j’ai commencé à installer dans la chambre le fameux matelas jaune.

Tu es revenu. Avions-nous eu cette délicieuse idée ensemble ? Je ne crois pas, je pense qu’elle est de toi seul, improvisée. Tu repousses notre lit, et installes notre cher, et souple, et fin, et très vieux, et moelleux matelas jaune sur le sol. Ce matelas nous accompagne, il était là lorsque nous avons conçu Alice il y a neuf mois, pendant cette nuit de fête terminée dans notre petit igloo sous les pommiers. Il est trop large pour ce petit espace entre le sommier et l’armoire et remonte un peu sur le côté, formant un nid. Tu complètes le tableau en roulant la couette dessus comme un gros coussin. Perfectionniste – le moment le mérite bien ! – tu fixes ta petite lampe bleue tout en haut de l’étagère, la tourne vers le mur, et, après quelques ajustements, satisfait de ta lumière tamisée, tu éteins le plafonnier. Ce moment marque un virage dans mes perceptions. J’ai quitté la réalité pour entrer dans un univers intérieur, cosmique. Pour moi, la suite s’est passée dans le noir, quelques halos de lumière signalant vos visages, un livre, un espace... Ai-je fermé les yeux ?

Je suis debout, je veux me vêtir, j’ai honte d’être nue, Isabelle, prévenante et discrète, me tend ma chemise que je ne prends pas, occupée par les contractions. Tu t’installes derrière moi, et commence une danse, une lutte, de violents enlacements scandés de cris comme dans une corrida. Chaque contraction me jette contre toi, tu me redresses, je lutte contre la douleur, cherchant à la dompter, à la dominer, la maîtriser, chacune d’elles me pousse à imaginer une nouvelle position plus supportable, une tentative pour poser ou repousser la douleur. C’est un échec. Tantôt je te pousse, m’agenouille, te serre, me lève (t’ai-je mordu ou pincé ? J’en suis sûre, oh mon amour, quelle comédienne, pardon...), t’enlace, tu me soutiens, m’enlace aussi... Je ne sais dans quel ordre, combien de contractions ont eu lieu, je me revois tantôt couchée sur le côté, tantôt à genoux comme suppliante, puis à quatre pattes la tête sur le matelas, tantôt pendue à ton cou, debout, marchant comme une bête traquée, en tailleur me dressant soudain sur mes chevilles... Rien de tout cela ne va. Je suis agacée par mes propres cris qui me déchirent la gorge. Patient, tu restes près de moi, m’offres tes bras, me soutiens, te proposes. Ta présence est fantastique, nécessaire, amoureuse. Tu as l’air calme et confiant. Sans doute es-tu rassuré par les messages paisibles, la posture tranquille d’Isabelle, qui, l’air de rien, nous permet de vivre ce moment pleinement parce que, justement, dans cette tornade, tout va bien et qu’elle le dit.

Parfois entre deux contractions, je tombe immobile, terrassée, sur la couette roulée, moelleuse, je pourrais presque dormir. Pendant ces courts instants, je ne sens rien. Puis mon ventre se tend doucement, se serre, je prends mon souffle, me relève, je te sens derrière moi, tes bras sous les miens, je crie de rage et de douleur, mais tu es là et c’est bon. D’une main ferme, Isabelle me masse le bas du dos avec une huile odorante (du camphre ?), cela soulage, je ne saurais dire si c’est grâce au geste, au produit, ou à la simple attention que représente sa main placée sur l’endroit douloureux de mon dos. Elle propose d’essayer de m’asseoir sur la chaise, tu m’y suis car il y a une place pour toi derrière moi, tes mains sur mes genoux, je me tords et hurle, tu ris, nerveux ou amusé. Je te frappe la jambe : « Ne rigole pas, toi, j’ai mal ! »

T’ai-je fait mal ? J’ai frappé fort... Je n’étais nullement fâchée, je trouvais l’instant plutôt comique, mais j’étais dominée par mon rôle : la souffrante. Je suis à nouveau frappée, à ce moment, de cet état très particulier qui me saisit pendant les accouchement, au cours duquel mes perceptions sont dissociées : mon corps, mes gestes, mes mots, sont exaltés, déchaînés, brutaux, mais mon esprit blotti au fond du corps, à l’abri de la tempête, est paisible et heureux, accessible à l’humour, aux commentaires, aux souvenirs, à la réflexion... C’est étrange et unique.

J’étais bien sûr un peu nerveux mais j’avais l’impression que tout allait bien. Je n’ai pas eu peur du tout que cela se passe mal, plus à ce moment là. Je voyais que tu étais contente d’avoir la place de bouger, il me semblait que l’on ne pouvait rien améliorer. Je cherchais juste à ne pas prendre de place inutilement tout en restant le plus près de toi pour t’épauler. Tu m’as frappé, c’est vrai, et fort, mais je n’ai pas eu de bleu !... Tu m’as saisi les cheveux aussi, ensuite j’ai plutôt essayé de te donner mes mains à serrer. Tu criais fort, tu t’agitais, tu n’arrivais pas à gérer ta douleur, tu disais que tu n’allais pas y arriver... Mais ce moment n’a pas duré très longtemps, une heure trente peut-être. Tu as eu un petit échange avec Isabelle, je n’ai pas écouté, je m’accrochais à ton dos, moi aussi, comme tu t’accrochais à moi. Je sais qu’à un moment tu n’as plus crié. Pendant la dernière demi-heure. Peut-être donnais-tu davantage un geste à ta douleur, était-ce une phase de transition ? As-tu pu commencer à pousser à ce moment, peut-être ?

Non, la chaise ne me plaît pas. Isabelle reste pourtant assise en face de la place vide, comme une veilleuse attendant à la porte, à la sortie du tunnel. Alice s’avance, elle va passer, entrer dans ce monde, et Isabelle sera prête à l’accueillir. Par moments, elle tente diverses choses pour m’apaiser et me guider.

Quelques phrases me reviennent, paisibles, égales :

- Elle : allez, partenaire, le bébé...
- Moi : Je suis crevée, je n’en peux plus
- Elle : c’est bien normal, c’est un tel effort, c’est pour cela que ça s’appelle le travail.
- Moi : mais pourquoi faut-il en passer par là (non, j’ai honte, je n’écrirai pas les bordées de jurons que je sais avoir prononcées à ce moment là) ?
- Elle (énigmatique) : je te répondrai tout à l’heure.
- Moi : ???
- Elle : Veux-tu toucher pour voir où tu en es ?
- Moi : Fais-le, toi, plutôt.
- Elle : 9 cm.
- Elle : Accepte la douleur...

Sa petite phrase fait la révolution. Je n’ai cherché qu’à déterminer si la douleur était supportable ou non, pendant qu’Alice se fraye seule un chemin au monde. Sa tête glisse doucement en moi, provoquant ces douleurs, quelle joie ! Te voici ma belle... Je sens notre contact intime, l’emplacement de ta tête, l’ouverture en moi-même qui se livre... Je suis à genoux, haletante (c’est donc ça, la respiration du petit chien !), mon buste dressé me semble une colonne de lumière blanche dans le noir de la pièce, un axe de lumière vertical dans lequel mon corps s’efface et par lequel doucement descend le bébé nouveau, mon corps est immobile, seules mes mains volettent près de ma tête comme des papillons, dispersant la douleur comme lorsque l’on vient de toucher quelque chose de brûlant, je répète dans un souffle, plutôt pour me convaincre moi-même, pour me concentrer sur les efforts du bébé et m’effacer devant lui, aussi : « vas-y mon petit, viens, descend, tu peux venir. » Repos.

Deuxième contraction immobile et silencieuse, je ne crie plus et ne lutte plus, j’habite cette colonne de lumière blanche éblouissante qui me traverse, seul mon souffle haletant et mes mains voletantes troublent cette extase. Tu attends derrière moi, soudain désœuvré mais toujours attentif, qu’as-tu vu et pensé ? Merci Isabelle, j’ai compris comment accoucher. Je me hisse sur la chaise d’accouchement, puisque Isabelle, décidée, n’a pas quitté son poste de veilleuse face à elle. Elle a tout préparé (la moquette n’aura rien !). Monte sur le siège de cuir rouge mon Phil, je fais chauffer le moteur de ce scooter biplace d’un genre inédit, nous partons en voyage chercher Alice ! Mon sexe est grand ouvert, la main en moi-même sans la moindre honte, je sens, lointain au fond de moi, le lisse arrondi de la poche des eaux.

Nouvelle contraction, je pousse rageusement, les pieds au sol, courbée, les mains appuyées sur tes genoux, dans un râle peu féminin de tennisman au service, je m’ouvre, la poche descend lentement sous ma main. Fatigue, soudain. Deuxième poussée aussi peu élégante, la poche des eaux est énorme sous mes doigts, elle se rompt finalement et je sens venir, comme tirée par mes doigts qui l’effleurent, la tête du bébé. Troisième poussée, je ne suis plus que passage, le bébé émerge, je veux en finir, je sais que c’est fini, j’ordonne à Isabelle « Vas-y, tire-la ! », elle n’en fait rien bien sûr, et soutient délicatement le bébé qui finit de glisser très lentement hors de moi, je le soulève aussitôt contre mon ventre, serré dans mes bras, tout recroquevillé.

Le bébé hoquète, crachote, je lis un instant de tension dans les yeux d’Isabelle, la petite tousse puis pleure enfin, je tente de la consoler, je lui parle, la caresse, « ça y est, tu es là petite, tu es avec nous, tout va bien. » Il est 5h10, Alice est née en quatre heures, je n’en reviens pas.

Isabelle dira : « C’est vrai c’était rapide, mais un long moment tu as lutté contre ce qui se passait, cela aurait pu être encore plus rapide. » Que fais-tu mon Phil, qu’as-tu vu, qu’as-tu senti derrière moi sur cette chaise ? Raconte moi... J’aurais aimé que tu sentes toi aussi, du bout des doigts, cet enfant émerger de moi pour venir au monde, pourquoi n’ai-je pas guidé ta main ? Aurais-tu été embarrassé ?

Non, je crois que je n’aurais pas aimé toucher le bébé qui sortait de toi, d’ailleurs comme j’étais derrière toi j’étais gêné par ton ventre, je n’ai pas vu grand-chose de ce moment de la naissance... Ce qui comptait pour moi, c’était d’être avec toi, le plus efficace possible. Bien sûr, souvent il vaut mieux ne rien faire et observer plutôt que de vouloir aider à tout prix, mais je sais qu’une fois dans ton dos je t’aidais, par la présence physique pour m’assurer que tu restes bien au monde avec nous durant cette dernière phase, par la chaleur (car tu étais toute nue !), par l’appui que te procuraient mes bras tendus en avant, comme deux barres de traction. Tu y étais presque, Alice arrivait – enfin – et Isabelle avait approché ses mains pour l’accueillir (pour la cueillir), j’ai aperçu une tête violette, puis Isabelle t’a posé Alice sur le ventre, tu l’as soigneusement attrapée et tu t’es couché sur le matelas. Tu étais belle, vous étiez belles, toi et ce petit être tout fripé, rose violacé et gluant, mais déjà plein de vie. Il n’y avait plus que vous deux, la mère et la fille, comme si le monde s’était concentré sur cet espace, à cet instant.

Alice (car c’est bien elle !) crie de toutes ses nouvelles forces, Isabelle tente de la consoler, tenant ses mains, lui parlant. Il fait frisquet. Elle demande une serviette pour l’envelopper (oups, oubliées, la chambre à 25°C, la serviette chauffée à l’avance sur le radiateur...), je glisse sur le matelas sur le sol et prends Alice contre moi. Avec l’accord d’Isabelle, j’essaie de la mettre au sein. Elle ne se débrouille pas très bien, a l’air aussi fatiguée que moi, perdue. Je la guide doucement, bricole pour décaler le cordon qui, toujours entre mes jambes, me blesse. Je ne vous surveille pas, Isabelle s’occupe d’attendre le placenta, tire délicatement sur le cordon. Délivrance. Alice est bien née ! Je veux voir le placenta, courte discussion pour savoir si nous le gardons pour l’enterrer sous le pommier d’Alice. Tu n’as l’air enthousiasmé ni par le spectacle dans la petite bassine jaune, ni par l’idée d’aller creuser sous ce pommier que tu viens de planter pour enterrer l’objet ! Je ne m’entête pas, Isabelle pose discrètement la bassine en proposant de décider plus tard. Elle ligature le cordon, et t’invite à le couper. Tu acceptes courageusement, mais l’entreprise a l’air difficile et tu te bats avec les ciseaux, avais-tu vraiment projeté de le faire, es-tu sensible au symbole de ce geste ? Nous n’en avons pas parlé avant la naissance. Le cordon est blanchâtre, épais, cela me frappe, je le croyais bleu et plus flexible.

Tout se prête à réaliser ce projet fou : m’offrir une douche bienfaisante quelques minutes après la naissance. Isabelle m’aide à me relever et m’emmaillote vaguement pour traverser la pièce. Quel délice sous l’eau chaude, j’ai les jambes molles et la tête qui tourne un peu mais je me sens bien, accoucher chez soi touche au bonheur parfait lorsque tout est fini et qu’au lieu de rester 2 heures en salle de travail, on prend une douche avec son savon à la rose préféré, vivante, indemne, comblée.

Moi je regardais le bébé sur le lit, j’ai pleuré un peu, je ne savais plus trop si c’était vraiment terminé, si tout allait bien. Et comme tout était terminé (même si n’était qu’un début !) et comme tout allait bien, alors j’ai regardé Alice, et j’ai pleuré. D’émerveillement. J’ai essayé d’aider d’Isabelle à ranger, mais en vain : elle était bien trop efficace. Elle a réussi à tout remettre en ordre tout en nous laissant dans notre bulle, toi retrouvant ton corps et moi contemplant notre fille.

Isabelle a langé Alice, nettoyé la chambre rapidement et discrètement, vous avez refait le lit, la chambre est toute neuve, le jour est tout neuf, Alice est toute neuve, on s’aime, tout est paisible, c’est fantastique. Je me couche sous la couette orange, sur l’oreiller coloré, Alice tout contre moi (« Si tu la prends sous la couette contre toi, on peut se dispenser de la couvrir pour le moment », précise Isabelle, chic !).

- Elle : Tu m’as demandé pendant l’accouchement pourquoi il fallait en passer par là, veux-tu ma réponse ?
- Moi (distraite) : hmmm
- Elle (dans un sourire) : Parce que cela vaut la peine.

Après je ne sais plus. As-tu dormi ? Es-tu resté près de nous ? Quand Isabelle a-t-elle pesé Alice pour nous annoncer 3,560 kg ? Êtes-vous partis tous les deux vous faire un thé dans la cuisine toute proche ? Isabelle remplissait des papiers, sans allumer la lumière, seule dans la cuisine.

Le temps de tout ranger, de prendre le temps, de te doucher, de vous installer toutes les deux dans le lit, de peser Alice aussi, de faire un certificat... nous arrivions au bout du petit matin. Vers 7 h ou 7h 30, Isabelle est partie. Je me suis couché avec vous deux. Nous n’avions pas sommeil, mais tu as rejoins Alice dans son sommeil. Moi, je me suis levé, et j’ai envoyé des messages à nos familles et amis. Puis tu t’es relevée je crois, tu as aussi envoyé des messages, nous avons pris des photos du bébé et de la première rose du matin (qui apparaît sur le faire-part), et je suis parti chercher Rose.

Je nous revois vers 7 heures, Alice dormant sous la couette, et tous les trois autour de la table avec un thé, du pain. Délice simple de la vie, bébé dort, petit déjeuner, juste une heure trente ou deux heures après la naissance, un autre délice. « Tu dois être très fatiguée, Isabelle, vas-tu dormir en rentrant ? – Non, je vais rentrer déjeuner chez moi, puis j’attends des amis pour midi, je dormirai ce soir. » Ah... J’admire sa sérénité.

Elle s’en va, promettant de revenir dans deux jours.

Frappés d’incrédulité, de poésie, d’élan vital, de fierté, nous envoyons des messages aux amis, appelons la famille pour annoncer la naissance d’Alice. Vers dix heures, tu vas chercher Rose, toute joyeuse : « Elle est belle, elle est vraiment belle comme bébé, bravo maman ! »

C’est la fête des mères aujourd’hui. Tu pars chercher les garçons. Il y aura encore toutes ces photos d’Alice traquées tendrement pour mieux nous persuader de cette incroyable réalité, le collier de nouilles vert de Rose, le retour des garçons en fin de journée, ton joli gâteau blanc, la BD faite main de Loulou offerte à l’improviste, pudiquement et tendrement, le petit baiser de Mathias à Alice, le disque de musique orientale, la guirlande chinoise de petites filles multicolores accrochée sur la façade pour annoncer la naissance aux voisins, l’extravagant bouquet blanc livré dans l’après-midi, la jolie rose du jardin fraîche éclose, la pluie de printemps, battante et légère, qui nous garde à la maison, cocon d’amour ce jour là. Et toi, tout jeune papa, et moi si fière et touchée de tout ce que tu as su faire cette nuit et ce jour nouveau, de cette nuit de lutte et de passion qui nous unit. Et la blonde et puissante Alice aux grands yeux gris écarquillés pour boire le monde dès sa première heure.

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De l’hôpital à la maison en passant par la salle de naissance

Par Elisabeth, maman de 5 enfants

Voici le témoignage d’une même femme qui a donné la vie cinq fois dans des lieux et des conditions différentes.

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1991 : Un premier accouchement en milieu hospitalier avec de mauvais souvenirs : une immobilisation sur un lit pendant le travail, une péridurale sans doute mal dosée avec aucune sensation au moment de pousser, des forceps et l’intervention d’un gynécologue obstétricien inhumain. Quatorze heures d’une interminable attente car dans un lieu inconnu , neutre et manquant de chaleur.

1994 : Second accouchement dans une salle de naissance (à Rennes) avec une baignoire, un grand lit sur lequel le papa a pu s’allonger, une lumière tamisée, aucun appareil médical. Donc un lieu intermédiaire entre la salle d’accouchement classique et la maison ; mais, car il y a un mais, une naissance qui devait se faire comme les autres, dans les règles de l’art, c’est-à-dire en position allongée. En effet, alors que j’ai eu envie de pousser lorsque j’étais accroupie, une sage-femme m’a dit « vous n’allez quand même pas me le faire par terre ! » No comment.

C’est à partir de là qu’a fortement mûri dans ma tête et dans celle de mon mari, l’idée de faire naître à la maison notre troisième enfant. Et nous avons eu la chance de rencontrer Isabelle, sage-femme à domicile qui a su répondre à nos questions et rapidement nous rassurer quant à nos doutes.

1997 : C’est ainsi qu’est née Pauline, tranquillement, sans stress, ni contrainte, en pleine liberté de mes mouvements et dans un lieu bien connu, intime et rassurant. A la suite de cette superbe expérience de vie, mon mari, qui était pourtant réticent au départ, m’a dit un jour : « Si nous avons un autre enfant, je souhaiterais revivre ce moment magique à la maison. Il n’y a pas photo ! »

2000 : Nous avons donc récidivé trois ans plus tard avec la naissance de Lucille, toujours secondés par Isabelle. Naissance encore plus facile car plus rapide.

2003 : Et dernièrement, une petite cinquième a aussi pointé le bout de son nez à domicile grâce à notre sage-femme attitrée ! Ce qui n’est pas sans importance : une confiance s’est vite établie réciproquement. Isabelle commence maintenant à bien nous connaître. Elle me connaît avec mes faiblesses et mes atouts puisqu’elle m’a suivie pendant de longs mois. Je ne suis donc pas simplement un numéro ou une patiente qu’elle n’aurait vue qu’une ou deux fois. Elle connaît mes attentes, mes désirs ou mes refus. Car préparer une naissance avec une sage-femme que l’on rencontre régulièrement permet d’établir un projet de naissance (unique à chaque fois) qui, on le sait, sera respecté, car discuté ensemble à l’avance. On y parle par exemple du rôle que le papa pourra avoir avant, pendant et après l’accouchement (soutien psychologique, physique, gestion du quotidien...). A la maison, la femme choisit elle-même la position dans laquelle elle se sent le mieux pour mettre au monde son bébé. Ainsi, pour Pauline, j’étais à l’aise accroupie, pour Lucille je me sentais mieux debout, et pour Marie, c’est la position assise (sur un tabouret spécial) qui m’a permis de donner la vie pour la cinquième fois.

Après le moment fort de la naissance, j’ai à chaque fois apprécié de ne pas être dérangée à chaque instant pour les prises de température, le bain du bébé, les passages multiples des médecins, pédiatres, puéricultrices etc. Suite à la naissance de Marie, ce fut même le summum : nous sommes restées six jours toutes les deux à l’étage de la maison comme dans un cocon, sans avoir à s’occuper du quotidien. C’était magique, inoubliable. J’étais chez moi, entourée de mes enfants qui pouvaient venir voir leur petite sœur quand ils le souhaitaient. Cela n’a jamais été gênant ou excessif tant tout s’était fait naturellement, la naissance étant arrivée comme n’importe quel fait quotidien, sans stress de séparation maman/enfants. Des instants inoubliables pour l’ensemble de la famille, qui plus est pour la fratrie qui ainsi n’a jamais présentée de signes extrêmes de jalousie.

Chacune de nos trois filles ont bénéficié d’un démarrage dans la vie plus simple, plus serein, plus naturel et plus personnel et donc plus humain que pour nos deux fils aînés.

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Une version et une naissance à domicile après une césarienne

Par Triphine, maman de Maïa

Suite à la naissance de notre fils il y a deux ans, Guy et moi nous sommes interrogés sur nos besoins lors de l’accouchement. En effet, malgré la bonne volonté et la compétence de l’équipe hospitalière qui nous avait accueillie, nous avons ressentis tout au long de l’accouchement que nous avions besoin d’autre chose que ce qui nous était proposé :

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- Connaître le personnel devant qui nous nous livrions à une expérience très intime de notre vie, pour oser exprimer nos souhaits sur le moment.
- Avoir plus de souplesse au niveau du timing et des protocoles.
- Être accompagnés et soutenu en continu durant l’accouchement.
- Être dans un lieu plus intime, plus personnel, moins technique et froid en apparence tout au moins.

Tous ces éléments, en plus de notre manque d’assurance et d’un passé un peu lourd qui a resurgi à ce moment-là, ont sans doute contribué à l’échec de mon accouchement, et à la naissance de mon fils par césarienne pour stagnation de dilatation à 6 cm. L’arrivée de cet enfant fut pour nous un instant merveilleux, mais nous restions marqués par des frustrations.

Peu après, je me suis rendue compte que même si officiellement mon utérus cicatriciel ne remettait absolument pas en cause un deuxième accouchement par voie basse, en pratique les protocoles hospitaliers étaient encore plus stricts que ceux que nous avions connus, et il me paraissait de plus en plus impossible de « m’ouvrir à la naissance » dans ces conditions. Si bien que lorsque nous avons pensé faire un deuxième enfant, nous avons cherché et trouvé une solution qui correspondait mieux à nos besoins : un suivi global de la grossesse par une sage-femme libérale en prévision d’un accouchement à la maison si possible.

Au huitième mois, notre fille était encore en siège, et il était si important pour moi qu’elle naisse par voie basse que nous avons alors décidé de tout tenter pour qu’elle se retourne : remise en question personnelle, pont indien, acuponcture, ostéopathie… Rien n’y fit, si bien que nous avons finalement tenté une Version par Manœuvre Externe un mois avant le terme. Elle a réussi. On est mercredi. Le soir même, j’ai commencé à avoir des contractions tous les quarts d’heure. Je marche et prends des bains chauds toute la nuit pour les accueillir au mieux, mais au petit matin, elles s’espacent et deviennent irrégulières. Je m’inquiète (d’autant que Guy est en déplacement pendant deux jours à l’étranger) et préviens Isabelle, notre sage-femme, qui met ça sous le coup de la version a priori.

Le soir venu, les contractions redeviennent plus intenses et régulières (toutes les cinq-dix minutes) et au petit matin, elles redeviennent anarchiques. Je me dis que j’attends probablement le retour de Guy pour accoucher : il revient ce soir ! Ces 48h sans sommeil m’ont crevée et du coup je demande à la marraine de mon fils de venir le chercher pour me reposer un peu si les contractions reprennent de plus belle le soir venu. Effectivement, dès 21h les contractions regagnent en intensité et en régularité (toutes les cinq minutes environ). Guy rentre dans la nuit, mais au petit matin, les contractions s’espacent de nouveau. Nous allons chercher notre fils dans la matinée et nous promenons à pieds quelques heures avant une sieste réparatrice. Le soir venu, les contractions reprennent encore toutes les cinq minutes et nous décidons de faire dormir Thomas chez sa grand-mère. J’ai besoin de chaleur et nous montons le chauffage.

Vers 22h-23h, les contractions reviennent toutes les trois minutes, et devant leur regain d’intensité nous décidons de faire venir Isabelle. Dès son arrivée, je lui demande où j’en suis : 5 cm. C’est beaucoup plus que ce que je pensais. C’est à la fois encourageant (mon impression de douleur et de fatigue s’évanouissent d’un coup) et un peu inquiétant : je ne peux m’empêcher de penser une fraction de seconde que c’est à 6 cm que j’ai stagné pour Thomas. Je me sens bien : je suis à genoux sur mon lit, et je repense à mes cours de méditation. La position m’aide, ainsi que l’image d’accueillir quelque chose venant du ciel par le haut du crâne (inspiration), qu’il traverse mon corps pour être restitué à la terre (expiration). Mon col se dilate tranquillement. Je sors de mon pseudo état méditatif, l’agitation me gagne : l’inquiétude de stagner à 6 cm me reprend, j’ai besoin de savoir où j’en suis et demande à Isabelle de m’examiner de nouveau. Elle refuse une fois en faisant appel à mon ressenti : « ça à l’air d’avancer. » Je recommence mes respirations méditatives.

Un peu plus tard, je lui demande à nouveau de m’examiner : j’ai du mal à retrouver le calme de mon état méditatif : je suis à 8-9 cm ! C’est le bonheur, j’ai dépassé le seuil où j’avais stagné pour Thomas : ce coup-ci, je vais y arriver jusqu’au bout !
Peu de temps après, mon utérus commence à se contracter en poussant vers le bas. A quatre pattes sur mon lit, je ne peux m’empêcher de l’accompagner dans l’expiration. Isabelle me conseille alors d’accompagner mes sensations comme je le sens. Je l’aperçois qui change de matériel : ça y est, la fin est-elle si proche ? J’ai hâte… je continue… Puis survient un moment de flottement, je me demande ce qui se passe, je ne sais pas trop où en est le bébé, je voudrais savoir, Isabelle me demande de me faire confiance et d’écouter mes sensations pour le savoir : que ressens-tu ? En fait, rien, à part que mon ventre se raidit ponctuellement. Peu après, je me sens mal, j’ai mal, je me tourne vers Isabelle : que ressens-tu ? Une douleur au niveau de ma cicatrice (en le disant, je me rends compte de l’énormité de mes paroles). Isabelle me demande de répéter. En fait, non, j’ai mal un petit peu plus bas : c’est la symphyse pubienne, j’ai la sensation d’une incroyable pression venant de l’intérieur, comme si elle allait bientôt éclater, mais c’est cette sensation qui s’évapore. Maïa a passé sa tête de l’autre coté de ma symphyse !

Je continue à pousser, je commence à trouver ça long, je vais prendre un bain, je reviens sur mon lit, je retourne dans l’eau, je reviens sur mon lit, Isabelle m’examine : ça avance, doucement, mais c’est normal. Elle me propose de toucher pour me rendre compte et m’encourager : effectivement je sens la poche tout près mais sans repère c’est difficile d’apprécier l’avancement. Je continue à pousser, j’essaye le tabouret d’accouchement, retourne dans le bain, puis sur mon lit à quatre pattes. Pourquoi la poche ne se rompt-elle pas ? Il y a sûrement une raison, me dit Isabelle, les membranes sont solides. Je retourne à quatre pattes sur mon lit, sur le tabouret, puis de nouveau sur le lit et paf, la poche des eaux se rompt ! La sensation est douce, tiède. Et ça m’encourage de nouveau pour quelque temps.

Puis, je commence sérieusement à fatiguer, j’ai mal dans le haut du dos et la nuque : je paye mes trois nuits sans sommeil. Je veux essayer de me mettre un peu allongée sur le dos. Isabelle et Guy me soutiennent les jambes : quel confort pour mon dos, j’ai presque envie de m’endormir. Puis une contraction arrive. L’horreur ! J’ai super mal quand je pousse. Une deuxième fois. C’est encore pire que la première, et finalement cette position ne repose vraiment pas mon dos. Vite, vite, il faut que je change de position avant la prochaine contraction.

De retour sur le tabouret, Isabelle me propose de voir moi-même si ça a avancé. J’ai pas franchement l’impression, elle m’examine et me dit que si, seulement ça avance millimètre par millimètre à chaque poussée, alors que moi je pensais plutôt à des centimètres, et que ça devrait déjà être fini depuis longtemps. Je pousse, je pousse, Isabelle commence à m’aider en écartant un peu la vulve à chaque contraction, ça m’aide. Je retourne sur le tabouret, dans le bain, mais la chaudière s’arrête et je n’ai plus d’eau chaude. Guy s’absente pour tenter de la rallumer en vain, puis entreprend de constituer un bain en faisant chauffer l’eau dans la bouilloire. Pendant ce temps, il me manque et me déconcentre, je lui demande de revenir avec nous, mais je n’arrive plus à me sentir bien nulle part. Je reviens sur le tabouret, je sens la tête du bébé, mais le bébé avance tout doucement à chaque contraction, puis recule un peu après.

J’en peux plus, je m’empêche de regarder l’heure à notre réveil depuis 2h du matin pour ne pas me focaliser dessus et me décourager, mais j’entends les oiseaux qui commencent à chanter. J’imagine qu’il doit être environ 6h. J’ai peur que les contractions s’arrêtent comme les trois jours précédents, je commence à avoir froid du fait du manque de chauffage. Je me demande pourquoi Isabelle ne me fait pas une épisiotomie : mais elle doit avoir ses raisons, et puis j’aime autant m’en passer. Je sens qu’elle commence aussi à s’impatienter, j’essaye de pousser plus fort à chaque contraction, mais je ne les sens presque plus tellement je suis fatiguée : pour m’aider

Isabelle me touche le ventre à chaque contraction, et essaye toujours d’écarter la vulve pendant que je pousse.
- Aie, aie, aie, Isabelle arrête, arrête de me toucher, ça me fait mal, arrête !
- Mais ce n’est pas moi, mes mains sont là, regarde mes mains…
J’entrouvre les yeux, je vois les mains d’Isabelle, je réalise qu’il ne me reste plus qu’un tout petit effort à faire, vite j’inspire à fond, je pousse, je sens la tête et le reste du corps du bébé passer. Isabelle le rattrape, la libère de son cordon en deux brefs mouvements (un tour et une bretelle : c’est peut-être pour ça qu’elle descendait doucement et que la poche ne se rompait pas), et me tends Maïa dans les bras. Quel bonheur ! Il est 6h40.

Nous emmaillotons Maïa dans une serviette éponge et dans un pull, et nous allons tous les quatre sur le lit, Isabelle vérifie mon état : je n’ai même pas de déchirure. Une fois qu’il a arrêté de battre, elle fait couper le cordon à Guy, me libère du placenta, nous montre la poche du bébé. Elle pèse Maïa : 2, 930 kg. L’eau chaude est revenue, alors je vais vite prendre une douche chaude. Je mets Maïa au sein pendant qu’Isabelle finit les papiers administratifs.

Vers 9h30 Isabelle nous quitte, nous appelons Thomas pour le prévenir de la naissance de sa sœur, et nous nous recouchons tous les trois, quel bonheur de rester seuls, à la maison, Guy, moi et le bébé. On savoure notre bonheur.

Merci Isabelle de nous avoir permis de vivre cette expérience, Guy et moi en rêvions, et grâce à toi nous avons pu le vivre. Nous savons que peu de gens auraient accepté de le faire, et c’est vraiment dommage, dommage de priver les jeunes parents d’une telle expérience.

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Pourquoi les accouchements ont-ils été « externalisés de manière systématique dans des sites de production non-dédiés » ?

Par Guy, papa de Maïa

C’est peu après le premier accouchement difficile de Triphine que j’ai commencé à en parler et à décrire la place que nous y avions eu : une future maman abandonnée sur un lit entre un superbe appareil d’1m3 qui fait bip et une perfusion, un futur papa sur un tabouret dans un coin de la salle, et de temps en temps la visite d’une technicienne en accouchement.

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Nous avons même eu la visite d’une super technicienne qui pratique les anesthésies… Pour conclure dans une salle de haute technicité grâce à laquelle on a pu faire naître Thomas.

Je me suis assez vite demandé pourquoi nous n’étions pas mieux installés (il paraît que c’est mon coté fils unique…), et qu’il serait quand même mieux d’avoir une personne ou deux dédiées pour chaque accouchement. Et pourquoi pas dans un lieu plus avenant qu’un hôpital ? Sur le Larousse, ils ont oublié de mettre « maladie » pour définir la grossesse !

Triphine a commencé à parler de sages-femmes qui pratiquaient l’accouchement à domicile. Nous n’étions pas bien chaud. Je pensais qu’il devait bien y avoir des établissements susceptibles d’accueillir des femmes pour accoucher, avec de vraies chambres, et seulement si nécessaire, une structure médicale ou/et des moyens d’accès rapides à un hôpital. Au fur et à mesure de nos discussions, ne trouvant rien d’autre nous donnant satisfaction, nous nous sommes dis pourquoi pas. Nous habitons tout près de l’hôpital au cas où, on peut même prévoir un ambulance en bas de la maison si besoin… Finalement, l’accouchement, c’est quelque chose qui a fonctionné de manière autonome à quelques reprises depuis quelques années… Est-ce que ça nécessite une véritable infrastructure de manière systématique ? Les discussions et le temps que nous avons passé avec Isabelle m’ont complètement rassuré.

Triphine forcément un peu stressée, et le bébé qui ne se retourne pas, mais Isabelle nous rassure encore, même si je conseille un beau kiné à Saint-Malo à Triphine. Nous avons rendez-vous à la clinique pour une version le mercredi 13 avril 2005. Le premier looping de Maïa… qui fait le bonheur de ses parents et de toutes les personnes que Triphine a pu rencontrer pour le préparer.

Et c’était parti pour 72 heures de contractions. J’aurais sûrement été plus stressé en Allemagne les 2 jours suivants, si Triphine avait eu comme seule présence un bel hôpital suréquipé. De retour à la maison dans la nuit du vendredi à samedi, nous avons essayé de nous reposer, tant bien que mal.

Le samedi soir, un petit coup de fil à Isabelle qui nous rejoint vers 22 heures à la maison et confirme à Triphine l’avancement de son travail. Un premier encouragement. Après quelques allers et venues entre la salle de bains, le lit et la chaise, quelques massages, des encouragements, et quand même pas mal d’énergie de la part de Triphine, c’est vers 6h30 que Maïa a pointé son nez… Et là, c’est le bonheur : on est bien, chez nous, au chaud, on fait ce que l’on veut, on partage même un petit déjeuner…Triphine ne semble même pas avoir accouché.

Thomas nous rejoint dés le dimanche soir avec sa Mamie, son Papé est aussi là. Le bonheur. Quelques visites d’Isabelle dans les jours suivants, et ça y est, Maïa est bien partie dans la vie, avec des parents qui ne comprennent pas pourquoi les accouchements ont été « externalisés de manière systématique dans des sites de production non-dédiés ».

Heureusement, quelques SAGES-femmes veillent…

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