Lettre ouverte

À travers cette lettre ouverte et sa lecture par les voix mêlées de sages-femmes, l’ANSFL souhaite replacer au centre du débat celles et ceux qui sont au cœur de nos préoccupations.

Chère Elsa,

Nos chemins se croisent depuis si longtemps.

Je t’ai rencontrée quand tu n’étais encore qu’une attente dans le cœur de tes parents ; nos consultations régulières ont été indispensables pour que tout se passe au mieux tant sur le plan médical qu’émotionnel.

Après ta naissance, tes parents se sont multiplement questionnés, doutant de leur compétence, facilement inquiétés par tes pleurs. Rassurés quand je t’examinais pour vérifier que tout allait bien, apaisés par nos échanges, ils ont construit leur nid.

À l’adolescence, nous nous sommes retrouvées. Tu t’interrogeais sur ta féminité, ta sexualité, ton rapport aux autres, le respect de ton corps et nous avons pu évoquer tous ces sujets, envisager ta contraception, expliquer les mesures de prévention.

Plus tard, tu es à ton tour venue en couple m’annoncer que vous souhaitiez l’arrivée d’un bébé et je vous ai accompagnés.

Un jour, tu n’as plus souhaité de grossesse, mais tu revenais me voir pour parler de ta sexualité, de ta contraception, de cette petite douleur qui te tracassait. Parfois tu brandissais le courrier du centre de dépistage rappelant qu’il était temps de refaire un frottis.

Enfin, c’est pour aborder l’irrégularité de tes cycles et la ménopause qui se profilait que tu t’es de nouveau tournée vers moi.

À chaque étape de ta vie de femme, les sages-femmes ont été présentes, assurant le suivi de ta santé génésique, mettant en place les mesures de prévention, les dépistages adaptés. Parfois elles t’ont réorientée vers ton médecin traitant ou un spécialiste et tu étais rassurée de voir ces praticien·ne·s coordonner leurs différentes compétences pour mieux prendre soin de toi.

Mais c’est aussi d’écoute et d’accompagnement dont tu avais besoin. Ta sage-femme se montrait disponible, prenant le temps nécessaire pour que tu déroules tes mots, tes émotions, évoque tes difficultés et parfois tes blessures.

Si je t’écris aujourd’hui, chère Elsa, c’est parce que je sais cette qualité d’accompagnement menacée. Je t’écris pour que ta fille bénéficie de toute la sécurité, de tout le temps et l’attention dont elle aura besoin quand elle mettra un enfant au monde.

Je t’écris pour qu’elle ne désespère pas de trouver un cabinet pas trop loin, pas trop débordé pour que ses questions, ses inquiétudes sur sa vie de femme trouvent rapidement écoute et réponses adaptées.

Je t’écris pour qu’elle n’ait plus à courir chez son médecin avec un courrier de la sage-femme, parce que les droits de prescription de cette dernière sont limités et ne suivent pas les avancées de la médecine.

En fait je t’écris parce que ta mère, ta soeur, ta fille, toi et toutes les autres femmes ont droit à ce que leur santé soit prise au sérieux.

Aucune femme ne devrait avoir à subir les conséquences du mépris envers une profession qui veut avant tout répondre à vos attentes, mais n’en a plus les moyens.

La crème hydratante proposée dans la future “baby box” aux femmes venant d’accoucher «parce qu’il faut qu’elles prennent soin d’elles» est à la mesure de ce mépris.

Le ministère nous dénie les moyens de prendre soin de vous ; un simple tube de crème fera l’affaire…

 

Contact : Eliette Bruneau, présidente ANSFL, téléphone : 06 09 80 65 71