Venir au monde, ailleurs que dans une maternité ?

Bravo !

Ce lundi 30 novembre 2020 à 10h, l’émission “Grand bien vous fasse” de France Inter à décidé d’explorer la thématique de la naissance extra hospitalière. Vous n’étiez peut être pas disponible mais heureusement il y a le podcast ! Attirée par la thématique, je décide d’écouter cette émission oreilles déployées avec toute l’attention nécessaire au sujet.
Les intervenants sont particulièrement bien choisis pour le thème traité: deux sages-femmes pratiquant (ou ayant pratiqué) l’accompagnement global à la naissance, une usagère de maison de naissance et une gynécologue obstétricienne.
Je lance le podcast… et je dis BRAVO !
Bravo parce que les parents qui font ce choix ont de plus en plus d’espace de témoignage. Cela donne un réel sens à cette expérience, à ce choix et le rend tout à coup possible et envisageable pour d’autres.
Mais cette fois, j’ai plutôt été touchée par la position des professionnels de santé qui accompagnent la naissance.
A l’heure où notre profession est souvent décriée, mise à mal par le système de santé, j’ai ressenti beaucoup de fierté à l’écoute du discours de mes collègues. Des propos justes, clairs et qui plus est étayés, d’une part par le rapport de l’Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile publié en novembre 2020 et par celui de l’Inserm relatif à la qualité des soins en maisons de naissances de novembre 2019.

J’applaudis leurs interventions pertinentes, la sérénité de leurs paroles et la qualité des données énoncées. Je ressens beaucoup de gratitude, envers tous ces parents, ces sages-femmes qui ont tant donné de leur temps, de leur énergie pour fournir ces travaux et valoriser (enfin) la physiologie de la naissance. Certes il y a des biais, certes certaines analyses restent à approfondir mais le travail est prémâché, alors que font le Gouvernement, le Ministère de la Santé, la Haute Autorité de Santé ? La France est-elle prête à promouvoir une réelle action de recherche autour de la physiologie des naissances ? A l’écoute de ce podcast, une chose est sure, les sages femmes ont entamé ce travail et n’attendent que leur soutien.

Cet article pourrait s’arrêter ici car ce sont les éléments essentiels que j’ai retenus de cette émission.
Pour autant … (pour ceux et celles qui veulent la suite de ma réflexion!)
Je trouve totalement affligeante la position prise par le Collège des Gynécologues Obstétriciens (CNGOF). D’abord en brandissant le chiffre de 22% de transferts annoncés dans le rapport des maisons de naissances. A la réponse tout a fait adaptée des sages-femmes et du journaliste dans cette émission, je rajouterai simplement la phrase entière tiré du rapport “Au total, on identifiait 22% de transferts maternels pendant le travail, principalement hors contexte d’urgence, 6% de transferts de mères (pour HPP principalement) et 6% de transferts de nouveau-nés (principalement pour surveillance de situations à risque – risque infectieux, risque liés au poids ou à un ictère) dans la période post-natale”. Le CNGOF remettrait-il en cause la véracité des propos de ce rapport ?

Ensuite, en ce qui concerne l’information des patientes à propos des risques encourus lors d’une naissance extra-hospitalière, l’intervenante parle du risque de “perdre son bébé s’ il n’y a pas de pédiatre sur place”. Dois-je alors dire à mes patientes, qui accouchent dans une maternité de niveau 1 où le pédiatre n’est pas sur place la nuit, qu’elles vont prendre ce risque?

Enfin, dire “qu’il faudrait arrêter avec ces histoires de maltraitances” montre à quel point le CNGOF a la mémoire courte, étant lui même à l’origine d’un groupe de travail pluriprofessionnels à ce sujet. Le CNGOF remettrait il en cause les constats soulevés par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publiés en juin 2018 ?

De nombreux propos infondés, teintés de peurs ancestrales, pas de discours constructif et aucun appui scientifique…
On est ici bien loin d’une approche Evidence Based Medicine (EBM) et pluriprofessionnel où l’usager est au centre de la question!

Amélie Henneguelle, sage-femme